Tous deux nés en 1969, Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel se rencontrent au lycée Jules Ferry de Versailles. Quelques années plus tard, ils participent au collectif Orange avec Etienne de Crécy et Alex Gopher, futurs grands noms de la scène électronique française. Mais les deux compères s’éloignent un temps de la musique. Dunckel devient professeur de mathématiques et Godin se lance dans des études d’architecte. Ce dernier propose en 1995 un titre, baptisé «Modulor», à Virgin qui le sélectionne pour la compilation Source Lab. Ce morceau hommage à l’architecte Le Corbusier ressortira en 1996 sur le label anglais Mo’Wax.
Jean-Benoît Dunckel retrouve alors Nicolas Godin pour continuer l’aventure. Elaborés dans leur repaire du 18ème arrondissement, deux nouveaux maxis sont publiés en 1996, leur permettant de travailler avec le vétéran de l’électronique Jean-Jacques Perrey. Les cinq titres que compte alors le duo, dont «Casanova 70», sont compilés sur Premiers symptômes en 1997, redistribué par Virgin après le succès de leur premier album : Moon safari. Ce dernier, révélé au monde en 1998, servira de détonateur à l'explosion d'une musique abusivement étiqueté french touch, dont ils sont à la fois si proche et si loin. Le groupe fait même mine de surfer sur cette identité avec l'intitulé «french band» accolé au nom Air sur la pochette de Moon safari. L'album se vendra à plus de deux millions d’exemplaires dont 90 % hors de France, fait plus que rarissime pour le premier album d'un groupe français.
Leur touche à eux est faite de mélodies oniriques (voire aériennes...), de nappes de synthétiseurs et de voix vocoderisées toutes droit sorties des années 1970. Air avoue d’ailleurs des penchants pour des figures telles que Michel Polnareff ou Serge Gainsbourg. Le style de leurs pochettes et de leurs vidéos des débuts rappelle aussi cette époque, avec des graphismes dépouillés emplis de références aux premiers ordinateurs. Leur musique navigue quelque part entre futurisme et nostalgie, en ayant recours à des instruments aux sons datés comme le Moog ou le Fender Rhodes. Leurs poèmes synthétiques s’adaptent plutôt bien à la scène et le duo enchaîne les performances sur toute la planète, du Japon aux Etats-Unis. Mike Mills, responsable de l’habillage de Moon safari et des premiers clips du groupe, gravera cette première tournée sur pellicule avec le documentaire Eating, sleeping, waiting and playing.
A San Fransisco, les spectateurs peuvent aperçevoir Francis Ford Coppola dans la salle : sa fille Sofia a fait appel aux Français pour réaliser la bande originale de son premier film, Virgin suicides. Le résultat, un album presque totalement instrumental sorti en 2000, colle parfaitement aux images et se révèle être un nouveau succès. Leur son prend de la densité et provoque des émotions de plus en plus profondes, notamment grace à l’utilisation de cordes.
En 2000, le label Record Makers voit le jour car Godin et Dunckel veulent une structure pour promouvoir leurs amis et autres coups de cœurs. Ils permettent ainsi à Sébastien Tellier, à DSL ou aux rappeurs du Klub des Loosers de se produire sur disque. Ces proches du groupe sont souvent issus de leur ville d’origine avec laquelle ils gardent des liens. «Il y a une scène à Versailles qui est une anti-scène. Ce qui nous motive tous, c’est de fuir cette ville», confiait Thomas Mars du groupe Phoenix au magazine Trax (le chanteur qui a posé sa voix sur le single «Playground love»).
10 000 hz Legend sort en 2001 avec Beck, qui les avait repéré dès leur premier album, en invité de luxe. Ils sont également entourés d’une pléiade de musiciens moins connus comme Brian Reitzell à la batterie, Justin Meldal-Johnsen à la basse ou Roger Joseph Manning Jr aux claviers et au chant pour n’en citer que quelques uns. Le design futuriste de la pochette préfigure un ton ultra-moderne qui se traduit par la domination de mélodies envahissantes au synthétiseur. Avec une heure de musique, le duo, préfèrant la qualité à la quantité, fournit son disque le plus long. Réputé moins réussi que leurs premières productions (de mauvaises langues l'appeleront Dark side of the moon safari, appelation utilisée en fait par le groupe lui-même pour qualifier son jeu d'attraction-répulsion avec l'influence de Pink Floyd sur The Virgin Suicides), l'album n'en reste pas moins une référence dans le monde de l'électro.