Claude Alain Baschung (avec un « c ») est né le 1er décembre 1947 à l’hôpital du Val-de-Grâce à Paris, dans le XIVème arrondissement. Un père absent et une mère bretonne ouvrière chez Renault qui ne parvient guère à finir les mois, et l’enfant Baschung est envoyé dans la ferme de sa grand-mère adoptive à Wingersheim, en Alsace, où il chante dans la chorale de l’église, apprend l’harmonica, et fait la découverte du rock ‘n’ roll à la radio :
Elvis Presley,
Little Richard, et
Gene Vincent qu’il ira voir sur scène, tout comme
Edith Piaf. Adolescent, il retrouve la capitale, hébergé chez une tante pendant des études commerciales (BTS de comptabilité).
Baschung tâte aussi de la guitare, et se joint bientôt à son premier groupe, les Dunces (les « cancres »), tendance country-folk, en 1965. Quand l’été arrive, la formation part vers les plages de Royan pour y jouer dans les bars et assister aux concerts des vedettes de passage dans les bases américaines. Un autre choc survient, celui du plaisir des mots joués par
Boby Lapointe. C’est décidé, Baschung veut faire de la musique son métier.
Baschung années 60Installé à Paris dans le quartier de Pigalle, le guitariste fait des rencontres : le folk-rocker Noël Deschamps avec qui il compose
« Lola Hey », Claude Channes (le futur Challe des compilations
Buddah Bar) pour qui il crée
« Il est grand temps de faire…Boom ! » et Pussycat (
« Moi je préfère ma poupée »). Repéré par un directeur artistique du label Philips, Baschung saisit l’opportunité d’enregistrer sous son nom un premier disque 45-tours E.P. dominé par la chanson
« Pourquoi rêvez-vous des Etats-Unis ? » (7 octobre 1966) dans une veine anti-impérialiste : début cocasse quand on sait l’attirance du chanteur pour le Nouveau continent.
En juin 67, il fait l’ouverture du premier festival pop français au Palais des Sports, avec à l’affiche les Troggs, Pretty Things, V.I.P.’s, et le power trio
Cream. Jusqu’en
1973, Bashung (qui perd son « c » en 1968) se fait la main sur une flotille de 45-tours qui n’ont d’autre intérêt que la plume qui les signe, soit Pierre Delanoë,
Boris Bergman (
« La Paille aux cheveux », 1970) ou l’arrangeur
Jean-Claude Vannier. Hippie, il adapte
Cat Stevens (
« Du feu dans les veines », 1971) ou crooner, interprète le tube à la mode
« What’s New Pussycat ? » (Tom Jones), ou s’essaie à l’italien (
« Ho gli occhi chiusi »). Rien de bien passionnant, la coupe est pleine. Fini la variété, place à
La Révolution Française ! Une double dose d’opéra rock dans lequel il joue Robespierre au Palais des Sports et chante trois chansons.
Bashung-BergmanPlus rock ‘n’ roll, Bashung s’acoquine avec un
Dick Rivers sur le retour, à la recherche d’un compositeur sachant produire ses albums :
Rock ‘N’ Roll Machine,
Rockin’ Along et
Rock And Roll Star (1972-74). Plus confidentiel, il enregistre sous pseudonyme David Bergen (
« Je ne croirais plus jamais à l’amour », 1975) et avec le groupe
Monkey Business (
« Delta Queen » et
« Tears Make Memories », 1976-77).
Contrairement à une idée répandue de traversée du désert,
Alain Bashung s’active depuis bientôt dix ans sans connaître le moindre succès. Il est temps de changer d’air, et de contacter celui qui un jour lui écrivit un titre parmi d’autres, le Slave
Boris Bergman. Auteur à succès pour les chanteuses yé-yé (Eva), confirmées (Dalida, Juliette Gréco) et le groupe psychédélique Aphrodite’s Child (le hit
« Rain and Tears », c’est lui), Bergman vient de réaliser le superbe album de Christophe,
Le Samouraï (1976). Il se joint pour six chansons du premier album tant attendu par
Alain Bashung,
Romans Photos (1977), qui fait un flop malgré
« C’est la faute à Dylan ».
Mais le chanteur déjà commence à se démarquer du pré carré rock et de la chanson. Sur scène, il lui arrive d’improviser un nouveau titre
« Bijou bijou » pendant vingt minutes avant le passage de
Little Bob Story. Il lui faut attendre deux ans pour sortir l’album suivant, le sombre
Roulette Russe (1979, avec
« Toujours sur la ligne blanche »). Le vrai déclic survient peu après avec un 45-tours inédit au texte surréaliste,
« Gaby, oh Gaby » (n°1), qui se vend à près de deux millions d’exemplaires et obtient le prix
Charles Trenet et celui de la SACEM.