Chez les Rieu, la musique classique est plus qu'une tradition familiale : un véritable sacerdoce. André Rieu, fils d'André Rieu est né en 1949 à Maastricht, aux Pays-Bas. Son père, lui-même chef d'orchestre et musicien classique, lui transmet très jeune sa passion pour le violon, qu'André junior commence à apprendre dès l'âge de cinq ans. Sa voie étant toute tracée, il entre au Conservatoire de Liège, en Belgique, avant de rejoindre ceux de Maastricht et, enfin, de Bruxelles, dont il sort nanti du Premier Prix d'interprétation en 1977. Un an après l'obtention de son diplôme, il crée une petite formation classique, le Maastricht Salon Orchestra, dans lequel il s'attribue la fonction de premier violon.
Premier violon
Particulièrement passionné par la valse, André Rieu se spécialise dans ce domaine et décroche un premier contrat professionnel de violoniste au sein du Limburg Shymphonic Orchestra au sein duquel il évolue pendant près d'une dizaine d'années. Mais bientôt, l'envie d'être son propre patron est la plus forte et, de simple violon, il devient chef d'orchestre en créant son propre orchestre en compagnie de son frère Jean-Philippe, le Johann Strauss Orchestra qui se produit, pour la première fois le 1er Janvier 1988 pour un concert de Nouvel An. Alors composé de seulement douze membres (contre quarante-trois aujourd'hui), le Johann Strauss Orchestra, comme son nom ne l'indique pas, reprend tous les plus grands classiques de la valse, incluant à son répertoire aussi bien la dynastie des Strauss que Niccolo Paganini, Chostakovitch ou Lanner.
Maintenant, que deviennent les valses de Vienne ?
Seulement Rieu innove en ne se contentant pas de reprendre uniquement les grands classiques des maîtres viennois. Renouant avec le caractère populaire de la valse, il s'intéresse aussi à tous les styles un peu exotiques s'étant développés dans l'ombre de la cour des Habsbourg comme la valse curaçao (mâtinée d'influences holandaises et popularisée par la famille Palm), la valse mexicaine (aux sonorités flamenco), la valse péruvienne (où l'on reconnaît l'influence du tango et des danses langoureuses sud-américaines) ou encore la valse cajun et ses rythmiques folk. Un premier disque, en 1992, Merry Christmas, reprend quelques grands standards des chants de Noël ainsi que quelques morceaux classiques de valse. S'ensuivent, les années suivantes, Hienrige Biete, Strauss and Co.,D'n Blauwen Aovond, The Vienna in Love ou Christmas in Love.
Fiesta !
Fort de ce succès au parfum d'étrangeté, Rieu, qui devient l'un des plus gros vendeurs de disques classiques mondiaux commence à irriter. Ses mises en scène tape-à-l'?il, son répertoire qui s'agrandit au point d'intégrer des morceaux qui n'ont rien de classique ainsi que le bulldozer marketing que représente désormais son orchestre (qui tient désormais plus de la multinationale que de l'orchestre de chambre) en font la cible principale des amateurs de musique classique qui se plaisent à sortir les colts virtuels pour cibler le violoniste.
En 1999, c'est l'hallali lorsque Rieu sort Fiesta, un album où il n'hésite pas à entrecouper une valse de Strauss d'une reprise au violon de « La Bamba ». Pour tout un pan de la presse spécialisée, Rieu devient de fait l'homme à abattre, l'hérétique qui vient de commettre un sacrilège inexpiable. Les articles le concernant deviennent assassins, Rieu est désormais qualifié de démagogue animant des thés dansants géants à destination d'un public d'incultes.
La vie est belle
Et pourtant, Rieu vend et continue à vendre car il a trouvé son public, une audience faite de gens qui, sans ses reprises de chansons connues et sa façon toute particulière d'interpréter les textes, ne serait probablement jamais venue au répertoire classique. S'il conçoit ses albums comme des disques de divertissements et ses concerts comme des bals populaires géants (et il le revendique), son éclectisme lui est cependant reproché et, après un La Vie Est Belle très flon-flon en 2000, André Rieu prend conscience qu'il est peut-être allé un peu trop loin dans le popu et revient à une conception plus classique de son répertoire avec un Muzik Zu Traümen s'inscrivant davantage dans la tradition de la valse.
La rock star du Stradivarius
Si son frère quitte le navire pour monter son propre projet à côté, André Rieu est désormais à la tête de plus d'une quarantaine de musiciens et d'un petit empire de la valse qui comprend matériel de scène, avions, camions pour le déplacement des artifices de scénographie et autre logistique digne des plus grandes rock stars. C'est d'ailleurs à peu près ce qu'il est devenu : la rock star du classique.S'il se produit dans des endroits prestigieux comme le Royal Albert Hall, il revient également dans sa ville natale pour une série de concerts. Sortant ses albums avec régularité, André Rieu occupe le linéaire des disquaires et des grandes surfaces, devenant l'un des plus gros vendeurs de disques au monde, toutes catégories confondues. Rappeurs, rockers, jazzmen : tous doivent s'incliner devant l'homme au Stradivarius.
El maestro
Alternant les albums légers et les disques plus orientés sur le patrimoine de la valse, André Rieu assume son statut d'interprète d'easy-listening, d'autant que la quasi intégralité de son répertoire appartient au domaine public et ne lui coûte pas un fifrelin.