C’est avec
Funeral que The
Arcade Fire fait son apparition en 2004. À la première écoute de ce premier album, la musique rock du groupe canadien s’impose déjà avec singularité, livrant ici des sonorités sombres, principalement inspirées de la new wave. Le premier titre,
« Neighborhood (Tunnels) », ne laisse pas de doute sur le talent torturé de
Arcade Fire. Talent aussi bien nourri par une orchestration riche et éclectique que par l’interprétation du couple fondateur de The
Arcade Fire,
Win Butler et Régine Chassagne.
Funeral porte bien son nom : on chante ici la perte, la douleur de l’absence, l’éloignement… Beaucoup de tristesse, donc, mais sans ennui. La mélancolie peut être mélangée à des sentiments plus vigoureux : une rage contenue face aux conventions («
Rebellion (Lies) »), une foi en la vie et en l’humain («
Wake up »)… Tous ces ressentis, interprétés tour à tour avec un certain sens de la surenchère ou d’une pudeur non dissimulée, sont servis par l’emploi de nombreux instruments (orgue, guitares, violon, harpe, piano, percussions, accordéon, harmonica, etc.). En revanche, l’éclectisme sentimental a aussi ses côtés obscurs, comme la grandiloquence parfois trop marquée des arrangements.
Influencé par la puissance dramatique de chanteurs comme
David Byrne, Butler transmet toute son émotion à fleur de peau. Chassagne, quant à elle, dévoile dans
« In the Back Seat » et
« Haïti » des talents de chanteuse lunaire et habitée. C’est sans conteste l’omniprésence du couple qui donne le plus de relief à ce qui aurait pu être un simple album de rock alternatif et dépressif.
Sophie Rosemont