A l’instar d’un célèbre gaulois de bande dessinée,
Axel Bauer est tombé dedans lorsqu’il était petit. Né en 1961 dans une famille de jazzmen, le jeune
Axel est très tôt nimbé de la profonde culture musicale de ses parents. Habitué du circuit des boîtes de nuit parisiennes dès son adolescence, Bauer développe très vite un talent pour la musique Rock et évolue dans ce milieu, encore alternatifs pour quelques années. Bon guitariste, il ne compte cependant pas faire carrière dans la musique et, en dépit de sa participation à un petit groupe lycéen – The Nightsbirds – c’est vers les arts graphiques qu’il se tourne, s’inscrivant dans une école d’art une fois sa peau d’âne en poche.
Et cette machine dans ma tête...Toutefois, l’atavisme familial est le plus fort et, après quelques années passées dans son institut d’arts graphiques,
Axel Bauer décide de tenter sa chance dans le milieu musical. Se liant d’amitié au début des années 1980 avec
Michel Eli, l’un des directeurs artistiques de Vogue Music, il compose quelques titres qu’il soumet à la maison de disques. L’un d’entre eux retient plus particulièrement l’attention des décideurs en 1983 :
« Cargo de Nuit ». Le clip du morceau, tourné par
Jean-Baptiste Mondino, est une petite merveille technique et artistique pour son époque et contribue à associer une image de loubard viril au jeune artiste. Avec sept cent mille exemplaires vendus,
« Cargo de Nuit » est un véritable succès qui fait le bonheur des amateurs de boîtes de nuit de ce début des années 1980. Devenu une star du jour au lendemain,
Axel Bauer participe à toutes les promos télévisées nanti d’un look de baroudeur - pas très crédible, il faut bien le dire – imposé par Vogue, ce qui contribue à faire passer le chanteur pour un produit marketing bien étudié davantage que comme un artiste.
« Phantasmes », son deuxième titre, se vend plutôt bien, mais constitue un échec commercial relatif par rapport à son premier succès. L’image d’
Axel Bauer se dégrade très rapidement, d’autant que ce dernier se permet quelques prestations scéniques frôlant le ridicule, comme, par exemple, lorsqu’il tente désespérément d’imiter
Jimi Hendrix en martelant en vain une guitare contre un ampli, cette dernière refusant obstinément de se briser.
Ici l’ombreL’échec de
« Jessy », son troisième tube, annonce clairement le début de la fin pour
Axel Bauer, qui ne parvient pas à sortir de l’image de mataf égrillard que sa maison de disques lui a imposé. Peu de temps avant de déposer le bilan, Vogue lui signifie la fin de leur collaboration. Retour à la case départ pour Bauer qui ne parvient pas à retrouver un label susceptible de le signer à nouveau. Exilé à Londres, l’artiste réussit, après avoir déployé des trésors de baratin, à signer chez EMI, l’une des plus prestigieuses maisons de disques londoniennes pour les besoins des
Nouveaux Seigneurs, un album censé annoncer la déferlante Techno en France. Peine perdue, l’album est un flop que les très british dirigeants de EMI ne pardonnent pas au petit frenchy. Débarqué comme un malpropre et doté, en outre, d’une réputation d’abominable loser, Bauer se retrouve littéralement sans soutien, restant – du moins le croit-on alors – l’éternel interprète d’un seul titre.
Un come-back TéléphonéSon retour en grâce a lieu en 1989 du fait d’un simple coup de Téléphone... ou plus exactement du leader de ce groupe phare de la scène Rock française,
Jean-Louis Aubert qui, voyant en lui bien plus qu’un chanteur de Variétés, requiert ses services pour les besoins de l’album
« Bleu, Blanc, Vert » sur lequel Bauer est invité à poser sa voix. Les quelques duos qu’il entame avec
Jean-Louis Aubert permettent au public de se souvenir du chanteur dont la carrière retrouve, du coup, une deuxième jeunesse. Remis sur les rails par
Jean-Louis Aubert,
Axel Bauer s’attelle à l’écriture d’un véritable album personnel, pour les besoins duquel il appelle tout ce que la place de Paris compte d’auteurs, des
Rita Mitsouko à
Boris Bergman, en passant, bien évidemment, par
Jean-Louis Aubert lui-même, fidèle au poste. Si le succès public de
Sentinelles est très moyen, Bauer renoue cependant avec la critique, qui ne déteste pas le nouveau son de l’artiste et crie à la résurrection de celui qu’on pensait n’être que l’un des nombreux épiphénomènes des années 1980.