par Anne Yven
Entre David Babin et la musique, la passion est innée et atavique. Né en 1982 à Paris d’une mère pianiste, professeur et musicologue et d’un père psychanalyste, le futur Babx ne cherche pas sa voie très longtemps. Enfant, il rencontre Nusrat Fateh Ali Khan, car le maître du chant qawwalî collabore avec sa mère. Celle-ci, en plus d’être son professeur particulier de piano, ne cesse d’ouvrir de nouvelles perspectives artistiques à son fils. Si l’on ajoute à cela que le grand-père de Babin est chef d’orchestre et que son beau-père, plasticien, travaillant sur des décors de cinéma, est à l’origine la cinéphilie du garçon, on comprend à quel point la tentation d’une carrière artistique a été grande. Il quitte l’école à 17 ans pour s’y consacrer.
Révolte littéraire
En réponse à la rigueur de sa formation classique, David Babin succombe à la subversion. Celle du rap tout d’abord (Wu Tang, Ministère A.M.E.R.), mais aussi du rock d’Iggy Pop à Rage Against the Machine. A 20 ans, il a compris que « la musique est toujours une forme de révolte » et subit un choc artistique encore plus grand à l’écoute du Récital en Public à Bobino 1969 de Léo Ferré. Le grand chantre de la chanson française lui fait ensuite découvrir les mots de Rimbaud, Apollinaire, Aragon… famille littéraire d’écorchés vifs, désabusés mais pourtant romantiques privilégiant toujours la quête extatique.
De la chorale au studio
Il se produit jusqu’en en 2001, en tant que baryton au sein des Glotte Trotters, chorale de chants du monde. Puis, il se lance seul et compose la bande sonore de spectacles et pièces de théâtre entre 2000 et 2003. L’année 2004 lui réserve un cadeau. Alors qu’il vient de fonder le label Karbaoui Records avec des amis, il a l’occasion de racheter et restaurer le mythique studio Pigalle, dans lequel ont eu lieu les premiers enregistrements de son maître, Léo Ferré, à la fin des années 1940. Babx s’y sent déjà chez lui. Les « vibrations » du studio lui inspirent alors les chansons de son premier album, qui sort chez Warner en mars 2006.
Premier acte
Ce disque homonyme régale les critiques et le public qui y décèlent les références du musicien. Sont cités Alain Bashung, Tom Waits, Jacques Brel et bien sûr Léo Ferré. Qu’il déshabille la société (« Silicone Baby », le tragique « Kamikaze »), qu’il évoque l’amour comme au temps du cinéma de Carné (« Tes lèvres ») ou relate ses souvenirs (« Sous le piano de ma mère »), Babx manifeste un réel amour de la langue. L’album, nominé aux Victoires de la musique 2007, élu Coup de Cœur de l’académie Charles Cros 2006, entraîne son auteur-compositeur sur la route pendant un an. En 2008, Babx apparaît en tant que parolier sur le premier album de Julien Doré.
Salle de bal
Le 6 avril 2009 sort son second album, Cristal Ballroom. Dans une interview de 2007, Babx appelait « Ballroom » la « vie rêvée des autres » celle qu’il a souvent imaginée enfant, lorsqu’il écoutait aux portes du cabinet de son psychanalyste de père. Comment ne pas y voir un parallèle avec le premier single « Electrochocs Ladyland » ? Avec ses allitérations harmonieuses, Babx parle d’un besoin d’évasion, demandé à un mystérieux Docteur. Avec cette exigence digne d’un artisan chevronné, on oublierait presque le jeune âge de cet artiste qui conçoit « Une chanson, (comme) de la haute couture : un pli de trop ou de moins et tout bascule.»
Anne Yven
Les dates ... 2006 (Mars) Sortie du premier album de Babx 2003 Fondation du label Karbaoui Records 2000 Participation à l'ensemble Les Globe Trotters 1982 Naissance de Babx |