Ben Harper n'est pas un rebelle du rock ou un pauvre bluesman. Né en 1969 d'une mère blanche et d'un père noir, son teint métis cache notamment des origines cherokee et lituanienne. Il grandit dans le petit village californien de Claremont dans un entourage hautement musical. Outre ses parents musiciens, ses grands-parents maternels possèdent une boutique d'instruments folkloriques, le Folk Music Center, où il passe le plus clair de son temps. A 12 ans il fabrique sa première guitare et en restaure un grand nombre d'autres, Il lui restera d'ailleurs de cette époque quelques talents de luthier. Mais son instrument de prédilection est la Weissenborn, une guitare à manche creux sans frette qui se joue comme une guitare slide, posée sur les genoux et dont ses préférées viennent d'Australie. David Lindley, musicien proche de la famille de Ben, serait, avec Chris Darrow, celui qui lui en a donné le goût. Ses autres influences proviennent de son premier disque : Jimi Hendrix, de son premier concert : Bob Marley, et du blues. Il délaisse progressivement les études et l'athlétisme, pour lequel il montrait de réelles qualités, afin de s'adonner à sa passion.
Et celle-ci se traduit rapidement sur disque puisqu'il sort un premier vinyle, enregistré avec son ami Tom Freund et édité à 1 500 exemplaires, alors qu'il n'a que 23 ans. Il contient trois morceaux originaux, dont «Pleasure and Pain», et des reprises de classiques du blues. Après une tournée avec Taj Mahal et avant de faire la première partie de John Lee Hooker, il se produit pour la première fois hors des Etats-Unis en 1993, aux Transmusicales de Rennes, c'est le début d'une longue histoire entre lui, la France, ...et la Bretagne. Il devient rapidement boulimique de scène y développant un véritable talent pour communier avec le public. Son véritable premier album n'est publié chez Virgin qu'en février 1994 sous le titre Welcome to the Cruel World. Il sera suivi en 1995 par un second disque dans la même veine, Fight for Your Mind.
Mais nul n'est prophète en son pays, les maigres performances effectuées sur son sol natal sont toutefois compensées par les ventes qu'il effectue en France. Son producteur et manager, Jean-Pierre Plunier, qu'il a croisé pour la première fois quand il avait huit ans à Claremont, est d'origine française mais n'y a pas grandit. Fan de surf et de musique, il croise souvent Ben et travaille avec lui sur ses enregistrements, mais aussi pour des photos de pochette, des clips,... il devient un ami qui ne se consacre qu'à lui et sa carrière. C'est d'ailleurs Plunier qui lui mettra entre les mains une guitare électrique pendant les sessions d'enregistrement de son troisième album. The Will to Live contiendra ainsi des influences rock, même si Ben Harper ne perdra pas le goût des ballades acoustiques. Cette modification du son sera à l'origine de son explosion commerciale aux Etats-Unis, qui atteindra un sommet avec Diamonds on the Inside en 2003. Un plébiscite du grand public qui peut s'expliquer par la variété des genres de ses morceaux. Il enchaîne rock énergique et ballade folk, reggae traditionnel et blues moderne sans se trahir. Ses albums y perdent parfois en cohérence, mais sa franchise fait le reste. En tapant plus large, le style très personnel des deux premiers disques s'est peu évaporé.
Repu de gloire et de tournées géantes, il relèvera en 2004 un nouveau challenge en jouant avec les Blind Boys of Alabama sur un album qui est le fruit d'une de ses nombreuses rencontres réussies : There Will Be a Light. Un projet sans calcul qui permet au chanteur de rendre hommage à ses influences gospel. Car Ben Harper est loin de se limiter à sa propre musique. S'il évite les reprises sur ses albums studios, il n'hésite pas à en jouer en concert. Il a ainsi rendu hommage à Hendrix en reprenant «Voodoo Child», à Stevie Wonder avec «Superstition » ou encore à Led Zeppelin, Blind Willie Johnson ou Marvin Gaye. Ses reprises les plus audacieuses sont pour Bob Marley, interprétant les paroles du Jamaïcain sur ses propres mélodies. Ainsi «Burnin' and Lootin» peut faire une apparition discrète derrière «Excuse Me Mr.». L'Américain joue les titres des autres et avec les autres : il a participé à des albums de John Lee Hoocker, du songwriter Jack Johnson, des rappeurs de Blackalicious ou des Jamaïcains de Toots & The Maytals. Il a également joué en concert avec Taj Mahal, Pearl Jam, The Wailers, Carlos Santana et le Dave Matthews Band.