Le chanteur a aujourd’hui quarante ans, et l’on considèrera cela comme une étape… « Nouveau groupe nouveau son » proclame en effet fièrement le prière d’insérer de ce neuvième album solo en studio (et treizième production, sans décompter ses collaborations, en particulier avec les Five
Blind Boys of Alabama) du natif de Pomona (Californie).
Mais on n’est pas obligé de croire que les chiens font des chats, et que Harper tourne ici le dos à ce qui sous-tend son œuvre depuis ses débuts en 1994, à savoir le blues, la soul, le gospel, le rock, et grosso modo toutes les composantes du melting-pot musical et culturel américain. Certes, on reconnaîtra au chanteur, guitariste et compositeur le goût du risque : beaucoup, après le triomphe de l’album précédent
Lifeline (2007) se serait contenté d’une frileuse copie carbone. Harper, a contrario, est allé dénicher de jeunes sudistes (qui ont manifestement grandi au biberon de brûlots signés
Stevie Ray Vaughan, et dont le leader fut également le chauffeur de tournée de la star, avant que le groupe ne participe à l’enregistrement de
Both Sides Of The Gun en 2006), ces
Relentless7 natifs d’Austin : un power trio efficace sinon inventif, et, essentiellement, propice à édifier autour du patron le mur du son désiré.
L’absence d’invités prestigieux accrédite également la thèse d’une inspiration collective, resserré comme un poing (les jeunes blancs, manifestement impressionnés, participant également à la composition de certains thèmes). Et les onze chansons du programme confirment ce présupposé : après un départ pétaradant (à peine entaché d’une faute de goût, en synthétiseurs flageolant, dans
« Lay There & Hate Me »), et une belle pause acoustique (
« Why Must You Always Dress In Black »),
White Lies… propose des climats qui enflent comme des poussées de fièvre, le retour à des sonorités inédites (la guitare wah-wah), et quelques galopades parfaitement lyriques. De façon manifeste, Harper travaille ici dans l’intemporel, voire l’éternité, et c’est là son moindre défaut : tout dans ce disque beau et ferme est âpre, proche de l’éruption, plein d’émotion (rappelons, si besoin était, que le bonhomme chante merveilleusement bien), référencé (« voilà ce que je fais de ce qui a contribué à me faire grandir »), et cohérent.
Nourri de réflexions humanistes – voire religieuses – sur la course du monde, et la fragilité de son équilibre, cet album est un disque de virtuose, d’hommages (aux grands bluesmen, rockers, et voyageurs de la musique, tels Hendrix), et un disque de combat propice à faire se lever les foules d’enthousiasme. Tous arguments qui en font une nouvelle gemme indispensable dans la discographie de l’Américain.
Christian Larrède