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par Benjamin D'Alguerre

La collaboration entre les deux hommes se poursuit jusqu’en 1942, date à laquelle le re-montage du film The Magnificent Andersons, dans lequel une partie de ses compositions passe à l’as, le brouille définitivement avec le réalisateur, d’autant plus qu’Hermann est loin d’avoir un caractère facile et conciliant. Un défaut qui le poursuivra toute sa vie.

Hollywood

S’il croit avoir abandonné définitivement le cinéma pour se consacrer à la conduite d’orchestres classiques, Bernard Herrmann cède à nouveau à ses vieux démons en 1944 pour les besoins de Jane Eyre, une adaptation d’un roman des sœurs Brontë. Cette expérience lui fait à nouveau apprécier le travail de composition de musiques de films et le caractère irascible du musicien convainc producteurs et réalisateurs d’éviter de tripatouiller les scènes dans lesquels ses morceaux sont joués.

Très vite reconnu comme une pointure dans sa profession, Herrmann peut s’offrir le luxe de choisir les films sur lesquels il travaille et ne se compromet pas dans les abîmes de la série B (contrairement, par exemple, à Ennio Morricone qui, tout célèbre et internationalement apprécié qu’il était, dut parfois accepter d’illustrer l’environnement sonore des navets). Anna et le Roi de Siam, L’Aventure de Madame Muir, Le Jour où la Terre s’arrêta, La Maison dans l’ombre ou Les Neiges du Kilimandjaro sont autant de films – que le temps a parfois rattrapé et dont certains accusent un sérieux coup de vieux vus du XXIe siècle – qui font partie des superproductions de l’époque, et permettent à Herrmann de côtoyer les grands noms de la réalisation hollywoodienne, de Joseph L. Mankiewicz à Robert Wise en passant par Henry Hathaway.

Toujours créatif, Herrmann s’implique sur chacun de ces projets en essayant de coller au mieux à l’« esprit » du film pour lequel il compose la bande son et adapte les instruments choisis aux besoins de la narration. Il est ainsi l’un des premiers compositeurs à avoir recours aux instruments « pré-électroniques » pour les besoins du Jour où la terre s’arrêta, de Robert Wise, afin d’obtenir une synergie quasi-parfaite avec cette œuvre de science-fiction (un des rares films de SF de son époque où l’extraterrestre, pour une fois bienveillant, n’est pas une métaphore de la menace communiste). Evoluant habituellement dans un registre sonore « sombre », Herrmann sait aussi s’adapter à des sujets plus légers comme L’Homme du Kentucky de Burt Lancaster en 1954, pour lequel il revisite la thématique du western du point de vue du destin manifeste et pionnier de l’Amérique, très loin des futurs harmonicas plaintifs de Morricone.

Alfred Hitchcock présente

C’est en 1954 que le producteur David O. Selznick, qui admire le travail d’Herrmann depuis longtemps, lui présente le réalisateur britannique Alfred Hitchcock. Hitchcock, bien connu pour ses polars et ses séries noires, est un réalisateur adorant jouer avec son public et lui donner quelques coups de coudes complices durant les projections de ses films, notamment en apparaissant en personne ici ou là, ou en jouant complètement la carte du retournement de situation impromptu. Dans ces conditions, s’associer à un compositeur doué, capable de rendre à l’oreille tout le suspense visible à l’écran et d’illustrer les chassés-croisés scénaristiques du réalisateur britannique. Si sa première participation sur Mais qui a tué Harry ? en 1955, est un peu décevante, il donne son plein potentiel dans les œuvres suivantes du maître : L’Homme qui en savait trop, Le Faux coupable, mais surtout Sueurs froides, La Mort aux trousses, et bien évidemment Psychose, qui fait date dans l’histoire des musiques de films.

Tout en continuant de travailler avec Hitchcock, Herrmann entame également, dès le début de la décennie 1960, une fructueuse collaboration avec le roi des effets spéciaux de son temps : l’immense Ray Harryhausen, notamment sur quelques-uns de ses films comme Le septième voyage de Sinbad ou Jason et les Argonautes. Un travail sur des supports fantastiques qui lui permettent d’explorer de nouvelles musicalités et de redécouvrir tout un panel d’instruments oubliés, mais correspondant aux thèmes des métrages traités, comme les flûtes, les cithares ou les lyres. Le film Les Oiseaux de Hitchcock l’oblige à revenir à la base même de l’illustration sonore, puisque le film ne comprend aucune musique, remplacée par de nombreux bruitages devant signifier toute la montée de la tension au fur et à mesure de la présence des oiseaux prédateurs à l’écran. La télévision, devenant un organe de divertissement montant, fait également appel à lui pour les génériques de deux séries mythiques, Alfred Hitchcock présente, en 1963 pour laquelle il compose un générique tout en rondeur et en bonhomie british, à l’image du grassouillet réalisateur, mais surtout, quelques années auparavant, La Quatrième Dimension et son thème que personne n’a oublié.

L’oubli

Mais les desiderata hollywoodiens changent petit à petit et les bandes originales de films deviennent désormais des produits dérivés comme les autres, dont la destination est de se vendre au même titre que les affiches rares ou les t-shirts collectors.

Les dates ...

1975 (24 Décembre)
Décès de Bernard Herrmann
1973
Retour en grâce de Bernard Herrmann
1966
Composition de Fahrenheit 451
1960
Composition de la BO de Psychose
1958
Composition de Sueurs Froides

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