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par Christian Larrède

Celle qu'on surnomma l'Impératrice du Blues connut au début du siècle dernier toutes les vicissitudes d'une jeune artiste noire.
Fille du sud, elle se propulsa, après un apprentissage dans des spectacles itinérants, au panthéon des chanteurs du genre, grâce à près de cent soixante enregistrements qui restent comme des références dans un style où elle rendit compte des misères de son peuple. Mais quelle chante les amours malheureuses, la dépravation de l'alcool ou des comptines plus grivoises, sa voix ample de contralto à la diction parfaite, et son style âpre, parfois cru ou violent, ne se contentèrent pas de dominer blues rural et folklore.

Elle servit également de lien avec les chanteuses des années trente, telles Ella Fitzgerald. Son enregistrement de « Baby Won't You Please Come Home » posa les fondations d'un blues dramatisé dans la justesse et le déchirement ; ceux de « Careless Love » et de « Nobody Knows You When You're Down and Out » d'un certain jazz, swing et rassemblant plusieurs générations. Elle disparut en 1937, à l'âge de quarante-deux ans, à Clarksdale (Mississipi), des suites d'un accident de la route.

Bessie Smith voit le jour le 9 juillet 1892 (ou le 15 avril 1894, suivant les recensements, et les interviews) à Chattanooga (Tennessee). Ses parents, Laura et William Smith, sont laboureurs (papa est également pasteur à ses moments perdus). Sa famille est pauvre, et elle est, dès l'âge de huit ans orpheline (elle ne se souvient pas de son père, et sa mère ne l'aura vue grandir que dans ses toutes premières années), élevée par sa sœur aînée Viola. Là voilà contrainte de gagner quelques sous – afin de nourrir ses six frères et sœurs - en chantant dans les rues de sa ville : un attendrissant spectacle, que d'applaudir cette petite fille qui chante et danse, accompagnée par son frère Andrew à la guitare. Bien que néophyte, et en regard de la puissance de sa voix, elle parvient même à obtenir un engagement de quelques jours à l'Ivory Theater de Chattanooga.

Premiers pas sur scène

C'est en 1912, et donc à l'adolescence, qu'elle rejoint les tournées organisées par la troupe des Rabbit Foot Minstrels, où elle rencontre Ma Gertrude et Pa William Rainey. La première – elle-même chanteuse blues - devient son amie, et son mentor, et forme la jeune fille jusqu'en 1915, lui apprenant moins à chanter qu'à se tenir sur scène. Toutefois, le directeur de la troupe l'engage avant tout comme danseuse, ayant fait le plein de chanteuses.

Smith est alors engagée au Paradise Cafe d'Atlantic City (New Jersey), puis rejoint ensuite le circuit des spectacles de vaudeville qui patrouillent tout l'état : dès 1920, son nom est devenu une référence incontournable du genre, et elle débute aux côtés de Sydney Bechet dans une comédie musicale qui fait les beaux jours de Broadway.

Le 7 juin 1923, de retour à Philadelphie, elle épouse un vigile, Jack Gee, avec lequel elle connaîtra des épousailles tortueuses. S'il est impressionné par les cachets de son artiste de femme, et s'arrange parfaitement avec ses propres conquêtes féminines, il supporte mal la bisexualité de son épouse. Bessie Smith ne demandera jamais le divorce, mais vivra jusqu'à la fin de sa vie avec un homme beaucoup plus compréhensif, en la personne de Richard Morgan, oncle du vibraphoniste et chef d'orchestre de jazz Lionel Hampton.

Premiers disques, premières rencontres décisives

Elle fait alors l'une des rencontres décisives que tout artiste appelle de ses vœux, ici avec Frank Walker, directeur artistique chez Columbia : il croit en elle, assez pour persuader ses propres patrons, en tout état de cause eux-mêmes convaincus de la nécessité de mettre sur le marché des disques plus spécifiquement destinés au public noir. C'est donc comme l'un des plus fameuses chanteuses de blues de son époque qu'en 1923 elle enregistre pour la première fois pour la firme (« Dowhearted Blues »). Elle est dès ces premières sessions accompagnée par le pianiste Clarence Williams, manager, entrepreneur, pianiste, et compositeur ès style Dixieland. Ce coup d'essai a toutes les apparences d'un maelström, se vendant à près de 750 000 exemplaires.
 
Bessie Smith met les années vingt à profit pour enregistrer en compagnie des plus grands noms de l'histoire du jazz, du saxophoniste Coleman Hawkins à l'arrangeur Don Redman, en passant par le chef d'orchestre et clarinettiste Benny Goodman, et le plus grand trompettiste de tous les temps, un Louis Armstrong avec qui elle grave un « St. Louis Blues » de référence. Elle se produit également dans les plus prestigieux des lieux de concerts, comme le new-yorkais Nest Club.

Premiers triomphes

Elle produit plus d'une centaine de chansons pour son label originel en à peine une décennie, devenant l'artiste noire la mieux rémunérée de l'époque. Exploit supplémentaire, la chanteuse de blues réalise l'exploit de ravir à parité les audiences blanches et noires. Mais la chanteuse a le plus grand mal à gérer l'ivresse de cette renommée et fortune subites : les liaisons amoureuses se multiplient, et Bessie en gère le dépit dans l'alcool, et les dépenses somptuaires.

Les dates ...

1937 (26 Septembre)
Décès de Bessie Smith
1934
Adieux de Bessie Smith
1928
Tournée sur la Côte Ouest
1924
Enregistrement de « St. Louis Blues »
1923 (07 Juin)
Mariage avec Jack Gee

Vidéo

Downhearted Blues
Bessie Smith

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