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Terrible jeunesse

Toute sa vie, Eleanora Fagan a connu la souffrance et les aspects les plus sombres de la société : drogue, prostitution, violences... ont été de nombreuses années son quotidien. Ces épreuves, qui l’ont détruite, ont pourtant forgé son art et sa voix. Née d'un père encore mineur, et qui a très vite a déserté le foyer familial, elle a voyagé durant toute son enfance d'un foyer à l'autre, sa mère instable et prostituée occasionnelle ne pouvant s'occuper décemment d'elle. Citons, entre autres traumatismes, qu’elle a subi un viol à l’âge de dix ans, commis par un voisin. En 1928, Sadie Fagan reprend sa fille et s'installe avec elle à New-York. Alors que sa mère travaille la nuit dans une maison close, Eleanora sillone les clubs et découvre le jazz. Elle qui n'a pour ainsi dire jamais vécu avec son père semble pourtant entretenir une relation forte avec lui. Clarence Holiday, s'il n'a jamais connu de réel succès populaire, était considéré dans le milieu des musiciens de jazz comme un guitariste et banjoïste de talent, au sens du rythme infaillible. Peut-être est-ce de son père que Billie Holiday tient sa façon si particulière de swinguer à contre-temps ? N'ayant jamais suivi d'études d'aucune sorte, la jeune Eleanora Fagan travaille seule, et développe d'instinct ses talents musicaux. Bien que d'une étendue limitée, sa voix possède un timbre légèrement rocailleux, et surtout une force d'expressivité inégalable. Elle sera plus tard capable de reprendre des standards de bal populaire, et d'en faire instantanément des complaintes blues déchirantes. Ses dons artistiques innés et si impressionnants suscitent bien entendu des jalousies féroces, qui contribueront certainement à la détruire.

D'Eleonora à Billie

En 1932 Eleanora Fagan a définitivement choisi son nom de scène : ce sera Billie Holiday. Holiday du nom de son père bien sûr, le prénom Billie vient du surnom « Bill » dont il l'affublait parfois lorsqu'elle était enfant, prétendant qu'elle était un véritable garçon manqué. C'est aussi à cette époque qu'elle rencontre le saxophoniste Kenneth Hollon, et décroche ses premiers engagements au pourboire dans des clubs de Harlem. En 1933, une rencontre décisive change le cours de sa vie : John Hammond, producteur chez Columbia, la découvre par hasard. Immédiatement convaincu par son talent, il l’engage pour une séance avec le clarinettiste Benny Goodman, en remplacement de sa future grande rivale, Ethel Waters (qui dira d’elle : « Elle chante comme si ses chaussures étaient trop petites »). Le 27 novembre, ils enregistrent les chansons « Your Mother's Son-in-Law » et « Riffin' the Scotch ». L'année suivante, Billie Holiday se produit au prestigieux Apollo de Harlem, accompagnée par Bobby Henderson. Le style nonchalant de la chanteuse, qui semble en apparence souvent en retard sur le tempo, suscite d'abord des appréciations plutôt tièdes de la part des critiques. Celles-ci se firent plus encourageantes ensuite lorsqu’elle fut reconduite pour une deuxième semaine de prestations, avec l'orchestre de Ralph Cooper, en faisant preuve d'une capacité d'adaptation instantanée.

Lester Young

En 1935, elle croise de nombreux artistes renommés et talentueux, notamment le pianiste Teddy Wilson avec lequel elle enregistre en particulier une séance historique le 2 juillet avec le clarinettiste de génie Benny Goodman, mais surtout le saxophoniste ténor Lester Young. Tous deux se lient d'une amitié indéfectible, et leur entente se prolonge sur le plan musical. C'est avec Young que Billie Holiday enregistrera les titres qui lui tiennent le plus à coeur. Il donna le sobriquet affectueux de « Lady Day », et elle lui trouva en retour son surnom : « President », puis « Prez ». Sa carrière est lancée. Dès l’automne 1936, ses enregistrements se vendent mieux, ils sont désormais publiés sous son nom propre (« Billie Holiday & Her Orchestra ») sur Vocalion,un label associé de Columbia. Elle enchaîne des scènes de plus en plus importantes et décroche des tournées au sein d'orchestres prestigieux : ceux de Count Basie et d'Artie Shaw. Au sein de ce dernier big-band, elle demeure malgré tout une chanteuse noire au milieu de musiciens blancs, et endure des vexations dans les Etats du sud, où elle est à plusieurs reprises interdite de scène, voire refoulée des hôtels. Cette mésaventure la persuade d'abandonner définitivement les grands orchestres et de se consacrer exclusivement à sa carrière solo.

Strange Fruit

L'expérience du racisme conforte sa décision de s'engager pour la cause des Noirs. Elle est l’une des toutes premières artistes à le faire de façon aussi explicite.

Les dates ...

1959 (17 Juillet)
Décès de Billie Holiday
1957 (07 Janvier)
Enregistrement de « Body and Soul »
1956 (10 Novembre)
Concert de Billie Holiday
1956 (07 Juin)
Enregistrement de « Strange Fruit »
1956 (23 Février)
Arrestation de Billie Holiday

Vidéo

I'm A Fool To Want Y ...
Billie Holiday