Strange Fruit
L'expérience du racisme conforte sa décision de s'engager pour la cause des Noirs. Elle est l’une des toutes premières artistes à le faire de façon aussi explicite. En 1939, John Hammond lui trouve un engagement au célèbre Cafe Society inauguré l’année précédente, où elle demeure neuf mois. C'est là qu’elle interprète pour la première fois « Strange Fruit ». Cette chanson est une métaphore comparant un noir pendu à un arbre à un « fruit étrange » qui donnera une « amère récolte ». Elle termine son tour de chant, sans rappels, afin que les spectateurs comprennent mieux le message… Bien que déchaînant la controverse, le titre rencontre un énorme succès populaire, et devient l'emblème aussi bien de Billie Holiday que du Cafe Society. Au moment où tout semble lui sourire et où la réussite artistique et commerciale est enfin au rendez-vous, la chanteuse se met à boire (du whisky de seigle Seagram’s, un poison bon marché), ainsi qu'à fumer de l'herbe entre ses sets. La drogue est l’un des éléments qui, lentement mais sûrement, détruit sa vie. Alors qu'elle semble sortie d'affaire sur le plan professionnel, elle se met à en consommer de façon exponentielle, en passant en revue tout le panel des psychotropes. Alors qu'au début des années 40, elle est déjà l’égale de ses concurrentes, et qu'elle fréquente des musiciens tels que Dizzie Gillespie ou Art Tatum, sa vie privée se transforme de plus en plus en descente aux enfers. Outre la drogue, elle enchaîne les liaisons toutes plus catastrophiques les unes que les autres avec de petites frappes qui parfois la maltraitent, tels son mari, un escroc qui l’initie à l’opium en 1941.
La drogue
Billie Holiday est élue en 1943 meilleure chanteuse devant Mildred Bailey et Ella Fitzgerald par les lecteurs du magazine Esquire. En 1944, elle quitte Columbia pour un contrat plus avantageux chez Decca. En 1945, Joe Guy son nouveau compagnon, un trompettiste be-bop qui lui fait découvrir l'héroïne, monte une grande tournée nationale : « Billie Holiday and Her Orchestra ». Malheureusement, la chanteuse apprend le décès de sa mère, et annule la fin de la tournée. Ce nouveau coup dur la plonge dans une sévère dépression, et, depuis, elle se réfugie de plus en plus dans la drogue et l'alcool. Son caractère finit par en pâtir, sa réputation s'érode, on murmure qu'elle ne respecte pas ses engagements, voire oublie les paroles de ses chansons sur scène... 1946 marque pourtant le sommet de la carrière de Billie Holiday. Elle enregistre cette année-là ses titres les plus emblématiques (« Lover Man », « Good Morning Heartache »...), dont certains sont ses propres compositions (« Billie's Blues », « God Bless The Child »...). Elle chante aux côtés de Louis Armstrong dans New Orleans, un film assez médiocre mais qui a eu néanmoins l'avantage de la faire connaître dans le monde entier. En 1947, malgré une cure de désintoxication qu’elle s’impose pendant six semaines, Billie Holiday est condamnée pour possession de stupéfiants à une peine d’emprisonnement d'un an et un jour, à Alderson en Virginie occidentale. Elle en sort en mars 1948, juste à temps pour triompher au prestigieux Carnegie Hall. Malheureusement Billie, qui s'est vu retirer sa carte professionnelle pour atteinte aux bonnes moeurs, ne peut plus chanter dans les clubs new-yorkais vendant de l'alcool. Pour ne rien arranger, les dettes commencent à s'accumuler (notamment celles du coûteux big band qu'elle a entretenu pendant plusieurs années avec Joe Guy).
« Lady Day »
Les années 50 débutent bien mal pour « Lady Day » : outre sa situation financière désastreuse, ses démêlés avec la police et son problème de drogue qui vont croissants, elle est spoliée par son nouveau compagnon, John Levy. Pour couronner le tout, Decca ne renouvelle pas son contrat à une séance d'enregistrement gâchée. Mais Billie sait toujours se surpasser sur scène, et elle triomphe encore lors des rares fois où elle peut se produire (notamment avec le tout jeune Miles Davis au Hi-Note de Chicago). En 1951, elle quitte John Levy et, bien qu'il lui ait tout volé, retrouve une certaine liberté. Elle rencontre ensuite Louis McKay, qui tente de la faire sortir de la drogue et de relancer sa carrière. Elle s'installe alors sur la côte Ouest, et signe chez Verve. Billie Holiday renoue alors avec le succès : son nouveau disque, Music For Torching est un chef-d’œuvre et se vend très bien. Elle multiplie à nouveau les collaborations prestigieuses. En 1954 a lieu sa première visite européenne.
Les dates ... 1959 (17 Juillet) Décès de Billie Holiday 1957 (07 Janvier) Enregistrement de « Body and Soul » |