New York, janvier 1977 : si la photo est bonne, on voit une fille à la blondeur impossible et aux jupes courtes, encadrée de garçons au sérieux frisant le comique. Si la musique est bonne, on entend les meilleures chansons pop d’une décennie, nerveuses, et mélodiques. Si l’analyse est bonne, on s’aperçoit qu’il s’agit du seul groupe à avoir transcendé les fondamentaux de la scène punk, pour fredonner leurs refrains ironiques à la face du monde. Blondie adoptait l’attitude la plus sexy au monde, portait les vêtements les plus branchés au monde, et produisait la musique la plus excitante au monde. Et, il fut, quelques trimestres durant, le meilleur groupe au monde.
« La maison de disques m’a envoyé un poster où Debbie posait nue, vêtue d’une simple blouse transparente. Elle avait l’air triste ». Lester Bangs
Kansas City, me voici
Elle vient de Miami, est blonde, a vingt-neuf ans, aime le folk (un groupe au nom improbable, Wind In The Willows, circa 1968), et a été Bunny dans un club Playboy, et serveuse au Max’s Kansas City, club new-yorkais mythique, sauf lorsqu’on y sert la bière. Et elle chante dans les Stilletos. Il est natif de Brooklyn, a vingt-cinq ans, est étudiant en art, et sèche les cours pour améliorer son jeu de guitare. Et il joue dans les Stilettos. Lorsque Deborah Harry et Chris Stein se rencontrent, au mois d’août 1974, c’est la romance qui bat la mesure, comme pour n’importe qui. Ils croisent l’année suivante le clavier Jimmy Destri, le bassiste Gary Valentine, et le batteur Clement « Clem » Burke. L’aventure, mêlant pop, punk, disco, et rap, peut commencer. Dès sa genèse, le groupe baigne dans l’atmosphère artistique si particulière de la ville, côtoyant foultitude de personnalités, à l’instar des Talking Heads, d’Andy Warhol, des Ramones ou de Keith Haring (on croisera certaines de ces stars dans leurs clips, comme le peintre Jean-Michel Basquiat).
New York, New York
Le rodage du groupe s’effectue dans le traditionnel circuit des clubs new-yorkais (Mothers, CBGB’s, Max’s Kansas,…), et convainc de ce fait le label Private Stock Records (plutôt spécialisé dans le disco) de les laisser enregistrer en décembre 1976 leur premier album éponyme. Appuyé par une tournée promotionnelle en compagnie de Bowie et Iggy Pop (en pleine période « China Girl »), le disque est un succès. Gary Valentine les quitte alors au mois de juillet 1977 pour rejoindre Moon Martin. Il est remplacé par Frank Infante. Au mois d’août de la même année, Chrysalis rachète le contrat du groupe, réédite leur premier effort, et c’est durant l’été que sort leur deuxième album Plastic Letters, suivi d’une tournée européenne et japonaise. Au mois de mars de l’année suivante, le single « Denis » (une reprise de Randy and the Rainbows) atteint la deuxième place des charts britanniques.
Trop petit, la planète
Blondie recrute un nouveau bassiste (le Britannique Nigel Harrison), et Infante s’empare alors goulûment de la guitare. Mais le groupe est déjà sur le chantier de son troisième disque Parallel Lines, épaulé par le producteur Mike Chapman. C’est un triomphe : emporté par quatre singles (en fait, quatre hits), l’album se vend à des millions d’exemplaires. Au mois de septembre 1979, leur quatrième production Eat to the Beat s’accompagne d’une première mondiale, avec l’édition simultanée de son équivalent vidéo. Le disque (qui offre trois nouveaux hits) sera certifié platine, alors que la chanson « Call Me », produite par Georgio Moroder, et utilisée par le metteur en scène Paul Schrader pour son film American Gigolo, est un nouveau tube. Le cinquième album du groupe, Autoamerican (1980), produit de nouveaux succès, est certifié platine, et n’est pas éclipsé par Koo Koo, premier album solo (certes, disque d’or) de Deborah Harry, produit par les deux magiciens de Chic, Bernard Edwards et Nile Rodgers, et illustré par une peinture piquante du créateur au cinéma de la créature d’Alien.
Les tensions commencent à se faire jour au sein du groupe. Infante, en particulier, se plaint de faire tapisserie durant les sessions d’enregistrement, et d’être utilisé dans une proportion particulièrement ténue. Le label capitalise alors les triomphes successifs du groupe en éditant un Best of Blondie.
La musique dans la peau
En 1982, sortie de route à l’occasion de l’édition d’un nouvel album, The Hunter, qui, par ailleurs, est un échec commercial.