Né à McComb (Mississippi) le 30 décembre 1928 dans une famille paysanne très pauvre, l’enfant en bas-âge Otha Ellas Bates est adopté et élevé avec sa soeur par une cousine maternelle veuve, Gussie McDaniel. Cette dernière donne à l’enfant un nouveau patronyme et l’emmène dans un quartier difficile de Chicago où elle s’établit en 1935.
Le jeune McDaniel
Enfant, Ellas McDaniel se familiarise avec le violon, avant la découverte de la guitare offerte par sa sœur ; il accorde alors l’instrument comme il en avait l’habitude avec le violon, et en joue en usant du staccato, ce qui lui apporte la sonorité et le rythme originaux qui feront son style. Le jeune musicien est alors attiré par un carrière de boxeur professionnel (un sport qu’il pratique avec assiduité) ou de luthier, en tant qu’ébéniste apprenti. Il consolide sa pratique de la guitare dans un groupe local, The Hipsters, chante à l’église baptiste du coin, et trouve un emploi à la voirie municipale. C’est aussi un fan de blues et de rhythm ‘n’ blues qui écoute Louis Jordan et John Lee Hooker. En 1950, il forme un nouveau groupe avec Billy Boy Arnold (harmonica) et Jerome Green (maracas), les Langley Avenue Jive Cats, du nom de la rue où ils se produisent. La formation acquiert une certaine notoriété dans les clubs de Chicago où le son de McDaniel est très apprécié, et s’étend avec le contrebassiste James Bradford et le batteur Clifton James. Le groupe vole en éclats, et seuls les deux comparses d’oirigine suivent McDaniel quand ce dernier se voit proposer un contrat par la compagnie des frères Chess, sur la foi de deux de ses titres, « I’m a Man » et « Uncle John », qui devient par la suite « Bo Diddley ». Ce sont les patrons de la marque qui décident de donner un nouveau nom au guitariste, emprunté à un instrument à cordes d’origine africaine.
Le fameux titre « Bo Diddley » paraît en juin 1955 sur Checker, et atteint le sommet du classement spécialisé rhythm ‘n’ blues. Ce succès est suivi d’une tournée Chess qui met en valeur la présence scénique et le style tonitruant de Bo Diddley, dont la guitare Grestsch rectangulaire et rouge, de fabrication maison, séduit le jeune public. La scène rock ‘n’ roll est alors en plein bourgeonnement, et Diddley profite de son expansion en étant assimilé comme l’un des protagonistes, à l’instar de Little Richard et Buddy Holly. Le 20/11/1955, il fait une apparition dans le célèbre Ed Sullivan Show, où il effectue son titre fétiche à la place d’une reprise de « Sixteen Tons », ce qui accroît un temps la popularité du musicien toujours affublé d’un chapeau noir orné d’un diamant, mais l’exclut à vie de l’émission.
Les classiques de Bo Diddley
Cependant, les disques suivants « Bring It to Jerome » /« Pretty Thing » (juin 1956), « Diddy Wah Diddy » (septembre) et l’important « Who Do You Love » (mars 1957) ne réussissent pas à percer le marché pop, cantonnant Bo Diddley aux classements des race records (blues et rhythm ‘n’ blues). La série se poursuit avec « Cops and Robbers » (juillet) et « Hey ! Bo Diddley » (octobre). Mais en dépit d’une musique résolument originale et radicale, et d’une liste impressionnante de classiques, la popularité de Bo Diddley ne parvient pas à égaler celle des pointures du genre, et ne connaîtra qu’une reconnaissance tardive par les groupes anglais du début des années soixante qui redécouvrent avec bonheur son répertoire, relayés par les groupes américains. Les Rolling Stones empruntent son « Mona » (octobre 1957) sur leur premier album, les Pretty Things en tirent leur nom et quelques morceaux, les Yardbirds et Animals lui rendent hommage, jusqu’aux Américains de Quicksilver Messenger Service qui proposent une version étirée de « Who Do You Love » sur leur fameux album Happy Trails (1969) et les Doors qui exécutent ce titre à chacune de leurs prestations.
En 1958, la discographie s’étoffe de quelques 45-tours : l'étonnant dialogue impromptu « Say ! (Boss Man) » (précurseur du rap) et « Hush Your Mouth » précèdent un premier album (Go Bo Diddley), mélange de titres percutants, instrumentaux et ballades (« I’m Sorry »). Son grand classique « Roadrunner », repris sur toutes les scènes du monde et faisant office de passage obligé des guitaristes de rock, est publié en avril 1960, talonné par « Crawdaddy » en juin.