Le producteur Pierre Braunberger ne trouve pas la diction de Boby assez nette et demande à Truffaut de couper la scène ou de la sous-titrer. Truffaut le prend au mot et fait ajouter des sous-titres, ce qui vaudra à Boby Lapointe son surnom officiel : « Le chanteur sous-titré ». Entre 1969 et 1971 il participera à neuf films, en tant qu’acteur ou comme compositeur (Les choses de la vie, Max et les ferrailleurs de Claude Sautet, Les assassins de l’ordre de Marcel Carné...)
En 1962 Boby ouvre son propre cabaret, rue de la Huchette, Le Cadran Bleu, où il fait un spectacle de son cru : Show et froid de volaille. A l'entrée il installe une pointeuse : « Chez Lapointe, on s'pointe et on pointe ! ». Mais la faillite survient rapidement. Brassens, avec qui il sera ami jusqu‘à la fin de sa vie, l'aide à éponger ses dettes.
De 1960 à 1972, Boby Lapointe enchaîne les spectacles dans les cabarets (Le port du Salut, L’échelle de Jacob, le Cheval d’Or, et même le Crazy Horse où il fait avec Marino un numéro de strip-tease assez particulier Les strip-teaser croque morts ), les galas (1967 : série de galas à Bruxelles), les théâtres (en 1963, il est programmé par Gilbert Sommier aux Mardis de la chanson au Théâtre des Capucines), les tournées (Tournée Festival du disque avec Georges Brassens en 1966, tournée avec Georges Moustaki et Maurice Fanon). Il collabore en tant que « vedette anglaise » ou « vedette américaine » avec de nombreux artistes (1960 : vedette anglaise de Charles Aznavour à l’Alhambra, 1961 : premier Olympia en vedette anglaise de Johnny Halliday, 1970 : vedette américaine de Joe Dassin...). Il participe à des émissions de télévision (comme Rhésus B en 1966 où Jean-Roger Caussimon le présente comme « le non-sens à caractère chantant »), chante à la Fête de l‘Huma en 1970, écrit et enregistre une publicité pour le fromage blanc Jockey...
Durant toute cette vie bien remplie, Boby Lapointe a eu trois passions (sans parler des femmes...) : l’humour, l’amitié et la mer. Fin décembre 1971 et début janvier 1972, bien que déjà très affaibli par un cancer, il chante à Bobino en première partie de son ami et admirateur Pierre Perret. Boby Lapointe meurt le 29 juin 1972. Il est enterré au cimetière de Pézenas le 2 juillet. Et l'on a fait graver dessus sa tombe « Il voulait jouer de l'hélicon »...
Adepte de Raymond Queneau, Boby Lapointe n’a écrit qu’une soixantaine de chansons dont les textes, difficiles à interpréter et même parfois à comprendre, sont remplis de jeux de mots incessants et emprunts d’une grande poésie. Admirateur et serviteur de la langue française, il ne réservait pas ses jeux de mots à ses chansons mais en faisait un art de vivre (quelques-uns pour la route : « Minerve : déesse qui tient le cou », « La pieuvre par 9 », « Général bol », « C’est mon hamster ego »...). Qualifié de « chanteur pour intellectuels » par certains, considéré comme trop fantaisiste par d‘autres, Boby Lapointe ne connut pas réellement le succès de son vivant, et ne fut reconnu qu’après sa mort, lors de la sortie en 1976 du coffret de l’intégrale de ses chansons.
Caroline Ledru
Les dates ... 1972 (29 Juin) Décès de Boby Lapointe 1969 Duo d'Anne Sylvestre et Boby Lapointe 1954 Succès « Aragon et Castille » 1922 (16 Avril) Naissance de Robert Lapointe |