0.9, critique 0.9, album booba0.9 0.9 de Booba critique de l'album. Ecoute 30 secondes, achat et téléchargement MP3. L’impertinence du temps fait que sortent fin 2008, quasi simultanément, lez nouveaux albums d'Abd Al Malik et de Booba, autant dire les deux extrêmes. À l’un le consensus critique, le lien avec les anciens, la raison, la rondeur du son acoustique. À l’autre l’aridité de beats métalliques, la complaisance dans les thèmes éternels du ghetto : faire de l’argent (un credo conjugué dans quasiment chaque chanson), le dépenser uniquement en voitures tapageuses (Porsche Cayenne et Lamborghini, citées à plusieurs reprises) et en filles assorties (« 90 bonnet D » comme unique qualité).
Sur ce nouvel opus, le héros des cités travaille sa matière familière, et ne déroge jamais à cet univers balisé : ses punch-lines, phrases chocs, métaphores hardies, ne sont assenées que dans ce « braggadocio » à l’américaine, cette vantardise assumée, qui clame l’argent comme unique voie de salut au sein de quartiers qu’il ne prend plus la peine de décrire. Booba ne fera jamais aucun effort pour se faire admettre de la masse, et si à deux reprises il insiste sur le fait qu’on l’a « vu à la Star Ac' », il ne veut utiliser cette gloire que comme un pied de nez (un bras d’honneur, plutôt) à ce grand public qui ne peut que voir dans son rap le concentré voire le prototype d’un genre abhorré. Refusant tout arrondissement des angles, il n’invite en featurings que d’illustres inconnus (à part dans son quartier), et ne polit jamais son flow unique, abrasif et râpeux comme un torrent de boues polluées. Le son général est comme l’ambiance du disque, tendu, lent. En dehors de « Illégal », un titre plus electro avec refrains filtrés à la French touch, la pâte de 0.9 est épaisse, tout en beats décharnés et sons de synthèse. Des chœurs quasi grégoriens ici (« Izi Life »), un flow ondulant à la Snoop là (« Garcimore »), un soupçon de refrain vocodé à la T-Pain (« Bad Boy », « Soldats »), un soupçon de couleurs entre Akon et la Jamaïque (« King »), les artifices sont rares, tant le propos est tendu. Ce garçon, malgré sa réussite, proclame son incompatibilité avec l’amour : se vantant de n’avoir pas de girl friend, les filles n’étant que des objets à utiliser, comme les voitures, tant qu’elles sont profilées et voyantes… Devant ce tableau péremptoire et sombre, narcissique et désespéré, on ne pourrait ressentir que du recul, mais cet artiste franc-tireur à l’écriture brillante et à la musicalité brutale a le talent de son unicité. Et ce qu’il exprime, de façon aussi ravageuse, est certainement aussi vrai que les petits clips que l’on voit sur les sites de partages de vidéo : accélérations sauvages et non-casquées sur des véhicules illégaux. Une génération dont l’espoir, elle en a décidé ainsi, est limité à l’instant. Jean-Eric Perrin Ecoute extraits 0.9 5
Garcimore II 00:03:30
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