Né le 26 septembre 1945 à Washington (Angleterre) et fils de mineur, Bryan Ferry est un enfant de la « working class » d'après guerre. Durant son enfance, il intègre une école d'art à Newcastle et s'intéresse tout particulièrement à l'art conceptuel et au pop art sous l'enseignement du peintre Richard Hamilton. Vite attiré par la musique, il chante avec les Banshees (sans lien avec le futur groupe de Siouxsie Sioux) puis dans Gas Board où il rencontre le bassiste Graham Simpson. Recherchant un groupe à sa mesure, il postule chez King Crimson, mais Robert Fripp ne le retient pas. Fripp le présente cependant à deux autres étudiants, le saxophoniste Andy McKay et un musicien amateur hautement curieux, Brian Eno.
Glam rock ou glamour ?
Cette rencontre mène en 1970 à la formation de Roxy Music. Entre avant-garde pour la musique et glam rock pour l'attitude, Roxy Music devient très vite un des groupes majeurs du moment. Après la parution du second album de Roxy Music, For Your Pleasure, en mars 1973, Bryan Ferry éprouve le besoin d'enregistrer un album solo. Il entraîne Phil Manzanera et Paul Thompson, guitariste et batteur du groupe ; et produit These Foolish Things en octobre 1973. Album de reprises, hommage aux « grands frères » américains et anglais, de Dylan aux Rolling Stones en passant par Elvis Presley et Smokey Robinson. These Foolish Things est surtout la réponse de Bryan Ferry à Brian Eno, entre innovation et respect du classicisme, là où Eno veut une rupture complète avec les codes musicaux existants.
Toujours en marge de Roxy Music (désormais allégé du génie envahissant de Eno) sort en juillet 1974 Another Time, Another Place. A nouveau constitué en majeure partie de reprises, cet album fait beaucoup pour la renommée du sémillant chanteur. Il pose sur la pochette en smoking blanc, sur fond de piscine, tel un Gatsby décadent. Ces deux premiers albums permettent à Bryan Ferry de mettre en évidence la personnalité de sa voix. Il montre qu'elle peut exister dans un contexte de chansons directes, loin des compositions maniérées et volontairement bizarroïdes de Roxy Music.
En septembre 1976, Bryan Ferry célèbre la mise en sommeil de son groupe avec la sortie de Let's Stick Together. A côté des indispensables reprises, il offre une relecture de certains titres de Roxy Music. C'est une manière de montrer ce que ces compositions auraient pu rendre sans les arrangements imposés par Eno et McKay. La voix de Bryan Ferry à une modulation d'un tel romantisme, une couleur si particulière, qu'elle lui permet de tout interpréter à sa guise. Il pose une véritable signature vocale sur tout titre qu'il chante, quel qu'en soit le genre ou les arrangements. Malheureusement pour lui, le public reste nostalgique de la démesure de Roxy Music et ses efforts solo ne reçoivent qu'un accueil mitigé.
Alors que le punk rock pointe ses épingles à nourrice, il propose en février 1977 In Your Mind. Pour la première fois, l'album est composé de chansons originales. Malgré la présence des guitares de Manzanera, Chris Spedding et Neil Hubbard, l'album est loin des sommets de Roxy Music. C'est le même compositeur et chanteur, presque les même musiciens avec la présence de Thompson et Wetton, mais la magie n'opère pas. Les compositions sont trop directes, trop simplistes, dénuées de cette aura mystérieuse qui fait de Roxy Music un groupe tellement à part.
Solo tu
Sur la pochette de The Bride Stripped Bare, Bryan Ferry est maussade. Il a raison de l'être, Jerry Hall l'a quitté et l'album est un fiasco. Entre compositions faiblardes et reprises annonées par des musiciens de studio peu concernés, l'album sonne surfait plus que classe. Bryan Ferry doit se rendre à l'évidence et reformer Roxy Music en 1979. Après trois nouveaux albums, dont le chef d'oeuvresque Avalon en 1982, Bryan Ferry revient à ses amours solitaires avec Boys and Girls (1985), prolongement esthétique d'Avalon.