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par Jean-Noël Ogouz



Boogie

Robert Hite (surnommé « The Bear » à cause de sa corpulence) et Alan Christie Wilson (surnommé « Blind Owl » à cause de sa myopie), tous deux passionnés de Blues et collectionneurs de 78 tours, forment Canned Heat (d’après « Canned Heat Blues » de Tommy Johnson en 1928, « canned heat » est en argot une boisson alcoolisée très forte, et aussi la sensation de chaleur causée par une injection d'héroïne) en novembre 1965 et recrutent l'année suivante le guitariste Henry Vestine (surnommé « Sunflower », un ex-Mothers of Invention de Frank Zappa viré rapidement par ce dernier) et le batteur de Jazz Frank Cook (1/1/42). Al Wilson possède déjà une jolie réputation d’harmoniciste et a défendu une thèse sur le Blues à l’Université de sa ville natale de Boston, et vient de participer à l’album de Son House Father of Flok Blues. En mars 1967 le bassiste déjà vétéran Larry (« The Mole ») Taylor qui a travaillé pour les Monkees, Chuck Berry et Jerry Lee Lewis les rejoint, et le quintette écume les clubs comme le Palomino, le Kaleidoscope ou le Magic Mushroom à Los Angeles. Juste après avoir signé un contrat avec la firme Liberty, filiale de United Artists qui l’envoie enregistrer à Chicago (notamment une première mouture de « On The Road Again » en avril) et publié une version de « Rollin’ And Tumblin’ » de Muddy Waters, le groupe se fait remarquer au festival de Monterey (« Monterey Pop ») le 17 juin 1967 où il est présenté par erreur comme étant de San Francisco par l’organisateur John Phillips des Mamas & The Papas. Son Blues dénote un peu en pleine mouvance hippie, mais sa prestation sautillante et fraîche aide le premier album à se faire remarquer un mois plus tard, offrant des reprises de blues classique à douze mesures. Témoin de la prestation, Eric Burdon déclare : « Le meilleur groupe blanc de blues-boogie, du Vietnam à Venice ».

My Crime

Le 21 octobre 1967 a lieu un incident apparemment anodin mais qui va pourrir le reste de la carrière des musiciens. Dénoncés par un indicateur « ami » de Bob Hite à la police de Denver (où celui-ci a été élevé), le groupe est jeté en prison pour possession de drogue, anecdote qui lui inspire « My Crime ». « Pour chanter le blues, on doit être un hors-la-loi. Les noirs sont nés hors-la-loi, mais nous les blancs nous devons travailler dur pour obtenir cette distinction » (Bob Hite). Leur manager Skip Taylor (le seul coupable et non inquiété) a besoin de dix mille dollars pour les faire libérer, somme qu’il obtient du président de Liberty, en échange des droits d’auteurs futurs des propres compositions du groupe. Ses revenus n’ont plus ensuite dépendu que des bénéfices des ventes de leurs disques et surtout des concerts, les musiciens ne touchant pas un cent de droits de leurs succès.

Sur la route

Cook est remplacé par Adolfo « Fito » De La Parra (né à Mexico le 3 février 1946), plus convaincant, et c’est avec le deuxième album, Boogie With Canned Heat que le groupe marque l’histoire du rock début 1968. Sans atteindre des ventes spectaculaires, il est un grand succès dans le monde entier, surtout en Europe ou le blues boom initié en Grande-Bretagne bat son plein. Un titre se détache aussitôt : le fameux « On The Road Again » en accord classique mi/sol/la au rythme entêtant auquel le ronronnement d’un tambura d’Europe centrale rajoute une saveur psychédélique, et « world » avant l’heure. La voix de fausset à la Skip James de son co-auteur Al Wilson rappelle le son de la flûte et les parties de guitare et d’harmonica en assurent le succès et l’empreinte dans la mémoire collective. Limitée à cinq minutes, elle peut durer une heure en concert. C’est en effet sur scène que Canned Heat donne la pleine mesure de sa force et de sa cohésion. En octobre suivant, le double album moitié studio moitié live Living The Blues, est remarqué pour sa longue « jam » qui occupe deux faces du 30 cm, « Refried Boogie », et par « Going Up The Country » composition de Wilson elle aussi rentrée dans l’histoire, copiée sur le « Bulldoze Blues » de Henry Thomas avec un texte différent. Hit international, il est n°25 en France en février 1969 et sera utilisé en 2004 comme fond sonore du spot de pub TV pour la Renault Espace. Forts de leur renommée, Wilson et Hite aident par leur présence certains pionniers du blues, tel Sunnyland Slim et surtout Albert Collins en 1968 qu’ils font signer par leur maison de disques sur son sous-label, Imperial.

Les dates ...

2007 (22 Juin)
Retour de Canned Heat
1997 (21 Octobre)
Décès de Henry Vestine
1981 (05 Avril)
Décès de Bob Hite
1978 (19 Aout)
Concert de Canned Heat
1973 (04 Avril)
Sortie de « Harley Davidson Blues »

Vidéo

On the Road Again
Canned Heat