Lorsque l’on se penche sur la biographie de Cassius, c’est-à-dire celle du duo composé de Hubert Boombass et Philippe Zdar, on cherche d’abord à se retrouver dans le labyrinthe de leurs productions. L’un comme l’autre ont grandi dans les studios d’enregistrement : le premier est le fils du producteur Dominique Blanc-Francard et frère de l’artiste Sinclair ; le second a traîné comme Tea boy (stagiaire à tout faire…) dans les studios parisiens.
Remixeurs et producteurs
Leur premier travail commun s’effectue en 1991, respectivement comme ingénieur et musicien sur le premier album de MC Solaar (Qui Sème le Vent Récolte le Tempo). Leur expérience du sampling va alors permettre à l’album du rappeur d’obtenir son mid tempo si caractéristique, particulièrement sur les tubes « Bouge de là » ou « Caroline ». Ils sont ensuite contactés par James Lavelle, qui leur demande des « instrumentaux hip-hop bizarroïdes » après avoir entendu leur travail avec MC Solaar.
C’est sous le nom de La Chatte Rouge puis de La Funk Mob que sortent leurs premières productions. En 1994, le duo sort « Les Tribulations extra-sensorielles de La Funk Mob », un titre d’abstract hip-hop, sur le label Mo’ Wax. C’est l‘époque des maxis qui se vendent à quelques milliers d’exemplaires. Puis, en 1995, le succès d’un nouveau titre intitulé « Breaking Boundaries » assoit leur reconnaissance professionnelle et leur permet de travailler pour Depeche Mode, Neneh Cherry ou Björk. Ils sont alors contactés par Air ou Daft Punk pour remixer les tubes « Sexy Boy » et « Around the World ».
French Touch
Même si Hubert Boombass et Philippe Zdar sont tous deux initialement fans de hard rock et de funk, la fréquentation des clubs finit par convertir le second à la house. Il développe alors un projet parallèle avec Etienne de Crécy, formant le groupe Motorbass qui sort en 1996 Pansoul, album essentiel de house qui mélange allégrement une ferveur disco à des samples de Sun Ra. Motorbass servira ensuite de modèle à toute la house française.
Philippe Zdar propose alors à Hubert Boombass de travailler sur un titre house : « L’homme qui valait trois milliards ». Devant le succès, ils décident de prolonger cet essai par un album. La Funk Mob est leur première incarnation hip-hop ; Cassius sera une machine à façonner des tubes house. Leur premier album, 1999, rencontre un succès énorme et reste comme l’une des références – avec Homework de Daft Punk, Boulevard de St Germain et Moon Safari de Air – de ces années où la house et la French Touch dominent l'electro. Le New Musical Express s’interroge alors sur l’insolent succès de tous ces Frenchies : « Est-il permis d’être un peu raciste ? OK. Les Français : comment en est-on arrivé là ? Comment une nation qui pendant 97 % de ce siècle a admiré la musique populaire de loin, a-t-elle trouvé en son sein de quoi créer la dance-music la plus dynamique des années 90 ? L’ecstasy a-t-il réussi là ou toutes les autres drogues ont si clairement échoué ? »
Mais les toutes premières années du XXIème siècle vont rapidement voir l’essoufflement de la French Touch et faire apparaître son lot de doutes pour Zdar et Boombass. Comme beaucoup de bidouilleurs, ils avaient commencé à tripoter leurs machines il y a plus de dix ans et se sont retrouvé face à un cul de sac créatif. Il ne veulent plus alors apparaître uniquement comme un duo habile, concepteur de tubes pour les pistes de danse. Leur second album paraît en 2002 ; ils y expérimentent de nouveaux sons et y injectent leur envie de composer de vraies chansons. « Lorsqu’on fait de la musique depuis longtemps, expliquait alors Hubert Boombass, on développe des habitudes et l’on se met à bien aimer ce que l’on sait déjà faire. Nous n’arrivions plus à nous surprendre avec juste un sampler. Et même si le sampler demeure sur ce disque notre instrument de choix, nous voulons le nourrir de nos propres sons ». Participent à ce disque Ghostface Killah (Wu-Tang Clan) ou la diva Jocelyn Brown. Mais cet album intitulé Au Rêve, élaboré avec beaucoup de temps et de moyens et sans doute trop prétentieux, rencontre un faible écho critique et commercial.