Úrsula Hilaria Celia Caridad Cruz Alfonso naît à La Havane (Cuba) le 21 février 1924 (ou le 21 octobre 1925, selon les sources). Elle grandit dans un milieu populaire et, accompagnant fréquemment sa tante pour écouter de la musique dans des cabarets, développe bientôt une vocation artistique. Son père l’encourage à suivre une scolarité régulière, dans l’espoir de la voir devenir enseignante.
Ay Cubana !
D’abord encouragée par sa mère à chanter pour se faire un peu d’argent de poche, la jeune Celia finit, après avoir entendu le chanteur Abelardo Barroso, par revenir à ses premières amours, plus motivée par les perspectives d’une carrière de chanteuse que par un avenir d’institutrice. En 1947, elle entre au Conservatoire de La Havane.
Elle se fait tout d’abord connaître en se produisant dans l’émission de radio Hora del Té, où elle interprète des tangos et remporte de multiples compétitions de chant, parvenant à rester à l’antenne semaine après semaine. Le talent et la ténacité de la jeune femme sont remarquées et lui permettent de devenir professionnelle : un temps chanteuse du Tropicana Night Club, elle part ensuite en tournée au Mexique et au Venezuela avec la troupe du chorégraphe de Roderico Neyra.
Elle enregistre son premier disque en 1948. Deux ans plus tard, elle connaît un important tournant dans sa carrière en intégrant l’orchestre La Sonora Matancera, l’une des principales troupes de musique afro-cubaine. Remplaçant la chanteuse démissionnaire Myrta Silva, Celia est d’abord tièdement accueillie par le public : la popularité de Myrta Silva est en effet grande à Cuba et nombre de spectateurs voient la substitution d’un mauvais œil.
Mais Celia Cruz bénéficie du soutien de ses camarades et finit par trouver ses marques. Elle remporte de beaux succès avec des chansons comme « Melao de caña, besitos de coco » et s’affirme rapidement comme une digne interprète du légendaire orchestre. Bientôt devenue très populaire à Cuba, elle trouve également l’amour avec le trompettiste de la troupe, Pedro Knight, qui devient ensuite son époux. C’est à cette époque que Celia Cruz prend l’habitude d’entrer en scène en criant « Azúcar ! » (« Sucre ! »), un cri de guerre né d’une blague qui devient rapidement un leitmotiv entraînant à défaut d’avoir vraiment du sens.
A bas la révolution !
La Sonora Matancera domine la scène de la musique afro-cubaine et tourne dans toute l’Amérique Latine : la carrière de Celia Cruz chemine sur les hauteurs pendant une décennie, mais va bientôt buter sur un écueil aussi considérable que barbu, en la personne de Fidel Castro. Quand le soulèvement communiste renverse en 1959 le dictateur Fulgencio Batista, les musiciens cubains, qui contribuent pourtant grandement au patrimoine culturel de l’île, se retrouvent en ligne de mire du nouveau pouvoir. Considérés comme des reliques réactionnaires du passé, plus ou moins liés au précédent régime, bien des artistes se trouvent brimés, voire envoyés couper de la canne à sucre.
Le pouvoir castriste reviendra des errements de ces années de frénésie, mais la situation n’entraîne pas moins l’exode de nombreux musiciens, appauvrissant considérablement la culture locale. Celia Cruz, Pedro Knight et la troupe de la Sonora Matancera font partie des artistes qui fuit le Cuba castriste : d’abord exilée au Mexique, la troupe s’installe rapidement à New York. Celia Cruz prend dès 1961 la nationalité américaine et garde contre le régime castriste une dent particulièrement acérée.
Après quelques années de concerts avec la troupe, la chanteuse décide de quitter la Sonora Matancera pour entamer une carrière solo. Pedro Knight la suit, rangeant sa trompette pour devenir manager de son épouse. En 1966, Celia Cruz s’associe à l’orchestre de Tito Puente : huit albums, sortis chez Tico Records, naissent de cette alliance entre deux poids lourds de la musique latino. Mais la mode a changé et les rythmes afro-cubains ont moins la faveur du public : les disques obtiennent des résultats commerciaux décevants.
Salsa piquante
Alors qu’elle envisage d’arrêter sa carrière, Celia Cruz va se voir relancée au début des années 1970 par l’explosion de la mode salsa : le pianiste et arrangeur Larry Harlow, surfant sur la vague, crée en 1973 la comédie musicale Hommy, projet très personnel auquel il fait participer la fine fleur des musiciens afro-caribéens. Il parvient à convaincre Celia Cruz de sortir de sa retraite et de tenir l’un des rôles principaux du spectacle : la prestation de la chanteuse, lors de la représentation du show au Carnegie Hall de New York, lui vaut, pour l’anecdote, une ovation et surtout un contrat chez Fania Records, le label de pointe de la salsa aux Etats-Unis.