Cesária Évora est née le 27 août 1941 à Mindelo au Cap Vert, ancienne colonie portugaise. Sa mère, Dona Joana est cuisinière dans les familles de riches blancs. Son père, Justino da Cruz Évora, pratique le violoncelle, le cavaquinho (petite guitare à quatre cordes), la guitare et le violon. Il permet surtout à sa fille, grâce à ses relations artistiques, de fréquenter les plus grands musiciens du pays.
Ainsi de
Francisco Xavier da Cruz, plus connu sous le pseudonyme de
Bia Leza, qui s’est très tôt intéressé à la morna. Ce style musical, héritier des traditions angolaises (percussions africaines) et des modinhas brésiliennes, mais également des chants de marins britanniques et du fado portugais. Sur un rythme ralenti, il commence dans ses textes à évoquer des préoccupations plus quotidiennes et immédiates. Désormais, et à l’instar du blues, la morna peut chanter l’amour, la mort, le désir.
L’adolescenceA 16 ans, elle rencontre l’amour : Eduardo est marin, vaguement guitariste. Entre autres choses, il initie la jeune fille à quelques subtilités d’interprétation, et l’incite à se produire dans bars et cafés, du quartier interlope de Mindelo. Pour quelques pièces de monnaie la chanteuse se produit également dans le kiosque à musique de la ville.
Une jeune femme moderneCesária est âgée de 20 ans lorsqu’elle croise la route de Gregorio « Goy » Gonçalves. Ce musicien émérite (l’un des plus fins guitaristes du pays) est un fervent adepte du théâtre de rue, et sa renommée s’étend à tout le Cap-Vert.Eduardo, lui permet de se produire sur les ondes de la radio locale. Ces émissions lui valent d’acquérir une renommée étendue aux îles les plus proches. La chanteuse enregistre quelques disques, qui augmentent sa réputation. Deux de ces bandes enregistrées se retrouvent édités en albums aux Pays-Bas et au Portugal.
Une jeune retraitéeCesária Evora continue à écumer bars et navires de croisière. Au début des années 70, la chanteuse fait un bilan sur sa carrière : elle est une vedette incontestable de l’archipel. S’ils n’ont pas généré de ventes faramineuses, les quelques disques édités sous son nom constituent une carte de visite .
En 1975, la République du Cap-Vert accède à l’indépendance. Le Parti pour l’Indépendance du Cap-Vert, d’obédience socialiste, prend le pouvoir, en instaurant un système politique unipartite. La répercussion sur les activités économiques est d’une conséquence immédiate sur le tourisme : bars, restaurants, salles de spectacles ferment les uns après les autres. Cesária Évora, qui, de plus, a plongé dans une longue et profonde période de dépression nerveuse, et la conviction qu’elle ne subviendra jamais à ses besoins élémentaires par son chant, décide d’interrompre sa carrière de chanteuse.
Petit retour, petit paysEn 1985, la chanteuse participe à une délégation d’artistes féminines capverdiennes, qui enregistre un disque à Lisbonne . Les ventes de l’album sont confidentielles, mais ce retour dans les studios, redonne foi en sa carrière à la quadragénaire. Néanmoins, elle continue à chanter dans les bars, et sur les bateaux à touristes : elle a deux enfants à nourrir et une mère désormais à charge.
En 1987, elle est approchée par le chanteur Bana. Il souhaite donc que la chanteuse l’accompagne à l’occasion d’une série de concerts pour laquelle il a été engagé par la communauté capverdienne du New Jersey. Elle est alors contrainte de se produire dans l’établissement de Bana, afin d’engranger quelques cachets.
Jours de gloire tranquille à ParisA la fin de l’année 1987, alors que la capverdienne chante dans le restaurant de son aîné pour régler gîte et couvert, un client un peu particulier est conquis. José da Silva est un Français d’origine capverdienne , il dirige un jeune label voué aux musiques de l’île : Lusafrica. Il lui propose de rallier Paris en sa compagnie, afin de préparer l’enregistrement d’un disque.
Presque quinquagénaire, la chanteuse accepte. José da Silva rassemble autour d’elle pour ce premier album la fine fleur des musiciens de l’archipel. La sortie de l’album
La Diva Aux Pieds Nus (1988) s’accompagne de concerts parisiens, mais le disque ne recueille qu’un succès d’estime.
José da Silva s’obstine et, en 1990, un deuxième album sort, intitulé
Distino di Belita. Le succès n’est que mitigé, mais le disque attire l’oreille des organisateurs du Festival de Musiques Métisses d’Angoulême, en Charente.Les séances se déroulent au mois de mai 1991, et s’accompagnent de quelques concerts, essentiellement à Angoulême et Paris. Dans le public clairsemé, quelques journalistes (dont ceux du quotidien
Libération) sont intéressés et initient le début d’un bouche-à-oreille.
Mar Azul est édité en octobre de la même année et le traditionnel concert parisien d’accompagnement se déroule dans une salle comble.