Fils d’un notaire,
Charles Trenet voit le jour le 18 mai 1913 à Narbonne. Sa vie familiale est marquée par l’absence et la séparation : son père est mobilisé durant la guerre de 14-18, puis ses parents divorcent en 1920. Il passe son enfance tiraillé entre deux foyers mais c’est à Narbonne, dans la maison maternelle, qu’il puise ses plus beaux souvenirs et l’inspiration de nombreuses chansons. Bien qu’ayant longtemps été séparé de son père, le petit Charles aura hérité de son tempérament artistique ; le notaire Lucien Trenet était en effet un violoniste de talent. En 1926, il est très marqué par la rencontre du poète perpignanais Albert Bausil, ami de son père. L’adolescent développe au contact de Bausil et de son entourage le goût des farces, des canulars et de l’art sous toutes ses formes. Il se met à peindre, commence à écrire et publie des poèmes dans
Le Coq Catalan (en signant sous pseudonyme ou de son seul prénom pour ne pas embarrasser sa famille).
Placé pendant plusieurs années dans un collège religieux, il souffre durant de longs mois de l’absence de sa mère et de l’isolement. Finalement renvoyé du lycée à l’âge de quinze ans, il commence à s’intéresser au théâtre et à la peinture, réalisant son premier vernissage. En 1930, toujours attiré par les métiers du spectacle, il arrête définitivement ses études pour devenir accessoiriste dans un studio de cinéma à Joinville-le-Pont. Installé en Île-de-France, il fait connaissance avec la vie artistique de Montparnasse tout en continuant d’écrire articles et poèmes pour
Le Coq Catalan, dont il est le correspondant parisien.
Un jour de 1932, parti écouter du jazz au « College Inn », il fait la connaissance du pianiste suisse
Johnny Hess, qui deviendra son ami et son partenaire. Inspirés par
Pills et Tabet, les deux camarades forment le duo
Charles et Johnny, ou Trenet et Hess. Pendant trois ans, le duo parcours la France et se produit sur de nombreuses scènes. En 1936, Charles est appelé sous les drapeaux et se sépare de Johnny. Il va tenter de voler de ses propres ailes dès son retour à la vie civile : en 1937, il signe la chanson
« Y’a d’la joie ! » ;
Maurice Chevalier en fait un succès au Casino de Paris et a l’élégance de présenter l’auteur au public. Lancé par ce coup de pouce, Trenet se produit pour la première fois, seul sur scène, au Casino de Marseille.
En 1938, il obtient un triomphe à l’ABC et gagne son surnom de « Fou chantant » : aussitôt récupéré par le cinéma, il apparaît dans des films (
La Route enchantée, Je chante). L’année suivante, il obtient le Grand Prix du disque pour sa chanson
« Boum ! ». Chanteur, auteur, romancier, comédien,
Charles Trenet est partout à la fois et charme le public par sa joie de vivre, la fantaisie de ses textes et sa gouaille dénuée de vulgarité. Sa verve parfois surréaliste contribue à démoder la chanson réaliste. Malgré son image de « gentil », l’homme peut avoir la dent dure et n’hésite pas à lancer un canular féroce en proposant une pétition pour l’ablation des cordes vocales de
Tino Rossi. La guerre vient un temps interrompre son parcours : il passe un temps pour mort dans les bombardements et aura de sérieux ennuis avec la Gestapo, qui le soupçonne d’être juif, sur la base d’obscures dénonciations. De retour à Paris en 1941,
Charles Trenet reprend ses activités et multiplie concerts, chansons et films. En 1942, dans le train qui le mène de Sète à Montpellier, il compose la chanson
« La Mer », qu’il juge médiocre, mais qui, des années plus tard, ressortie des cartons et traduite en anglais, deviendra à sa grande surprise l’un de ses standards, comptant des milliers de versions notamment par des musiciens de jazz.
En 1944, des agents de la Gestapo lui tirent dessus :
Charles Trenet devra subir une rééducation pénible, avant qu’un autre coup ne vienne du camp opposé. Soupçonné d’avoir collaboré, il comparaît devant le Comité d’épuration d’où il ressort totalement blanchi : il avait eu en 1941 le courage d’interrompre un engagement auprès des Folies-Bergère du fait de la présence de soldats allemands dans la salle, non sans avoir fait reprendre
« Douce France » en chœur par le public, en présence des troupes occupantes. Ce titre rendu emblématique ne manquera pas d’être réutilisé par la suite à des fins politiques par des groupes de rock tel Carte de Séjour de
Rachid Taha.
L’après-guerre voit Trenet se tourner vers l’international : il se produit d’abord, francophonie oblige, au Québec, avant de parcourir le continent américain du nord au sud au cours d’une tournée mondiale.