« Entertaineuse » glamour et kitsch comme les américains en ont le secret, Cher est une survivante de la Pop Music des années 1960 et de Sonny & Cher, ayant concentré en sa personne la nostalgie pour une époque heureuse et une musique insouciante. Artiste protéiforme, Cher nous enseigne que le secret de la longévité artistique réside avant tout dans le talent à se réinventer sans vraiment changer.
Cendrillon en Californie
Dès sa plus tendre enfance , celle qui allait multiplier les looks multiplie également les noms. Née Cherilyn LaBelle Sarkisian le 20 mai 1946 à El Centro (Californie, Etats-Unis) d’un père arménien routier, puis patron de night-club et d’une mère mannequin mêlant des origines irlandaise, allemande et cherokee, la future Cher est ensuite adoptée par le nouveau mari de sa mère et devient Cherilyn LaBelle Sarkisian LaPier. Un état-civil à tiroirs dont on peut comprendre qu’elle ait voulu l’écourter. Elevée dans un milieu pauvre, sans figure paternelle (sa mère, vivant de manière relativement agitée, se marie jusqu’à huit fois), « Cheryl » ne connaît guère de stabilité personnelle ou éducative. Aspirante comédienne aux ressources inégales, sa mère la place un temps en famille d’accueil, faute de pouvoir l’élever dignement. La jeune fille souffre également d’une grave dyslexie qui, faute de diagnostic correct, l’amène à interrompre sa scolarité à l’âge de seize ans. Par son véritable « background » à la Cosette, propre à faire pleurer dans les chaumières, la vie de Cher pourrait faire un excellent sujet de téléfilm, grâce également à son happy ending.
Attirée par le métier d’actrice grâce à sa mère (et malgré les galères de celle-ci), la jeune Cherilyn prend des cours de comédie et tente péniblement de se faire un chemin dans les allées du show-biz californien. Elle eût pu ne rester que l’une de ces myriades d’aspirantes actrices/chanteuses/danseuses/tout ça à la fois sans le coup de chance qui lui fait rencontrer dans un coffee shop branché, en 1963, le musicien Sonny Bono (1935-1998), qui se trouve être le collaborateur du producteur Phil Spector, alors l’un des papes de ce que la Pop Music produisait de plus « hype » et commercial. Sonny et Cherilyn deviennent amis, colocataires, amants (après la brève relation de la demoiselle avec Warren Beatty) et, enfin, époux – en 1963. La belle voix profonde de contralto de Madame Bono lui vaut de passer à la chanson : pistonnée par Sonny, elle est engagée par Phil Spector, qui lui fait assurer les chœurs sur certains des titres qu’il produit et non des moindres : « You’ve Lost That Lovin’ Feelin’ » (Righteous Brothers), « Be My Baby » (Ronettes) ou « Da Doo Ron Ron » (Crystals). En 1964, elle sort son premier disque 45-tours en solo, sous le nom de Bonnie Jo Mason (« Ringo, I Love You ») puis, devant l’insuccès, un second, sous le nom de Cherilyn (« Dream Baby »).
Avec Sonny
Parallèlement au duo Sonny & Cher comblé par une série de hits emblématiques des mid-sixties, de « I Got You, Babe » à « Bang Bang (You Shot Me Down) », Cher entame une carrière discographique solo pour le label Imperial en 1965 avec l’album All I Really Want To Do (n°16) constitué de reprises de songwriters contemporains (Dylan, Ray Davies), relayé par The Sonny Side of Cher et le simplement nommé Cher en 1966 (comprenant sa version de « Sunny »), With Love, Cher et Backstage dans les deux années suivantes, auxquels Sonny Bono participe d’une façon (composition) ou d’une autre (production). Paru à l’été 1969, 3614 Jackson Highway (Atco), fut enregistré aux Muscle Shoals Studios de Sheffield, en Alabama, et produit par Jerry Wexler, Tom Downd et Arif Mardin.
En 1970, le duo Sonny & Cher a vécu, contraint d’assurer une série de galas en première partie de Pat Boone pour solder 200.000 dollars de dettes vis-à-vis du fisc américain. La chanteuse poursuit alors sa carrière solo avec un nouveau label, Kapp, et une chanson écrite par Bono, « Classified 1A », qui fait un flop. De manière plus heureuse, l’album Cher (retitré par la suite Gypsys, Tramps & Thieves), paru en septembre 1971, devient sa meilleure performance avec son morceau-titre classé en tête des charts et « The Way of Love » en 7ème position, l’album ratant de peu un Grammy Award.