Deuxième album de
Chris Isaak, qui, lors de sa première sortie en 1987, ne fit qu’agrandir le petit cercle de fans du premier album de rock nostalgique avec son groupe
Silvertone. Si le crooner, et sa célèbre coiffure « banane », occupent désormais le devant de la scène, ainsi que toute la (sublime) pochette du disque, il ne faut pas oublier à quel point Isaak doit son style à ses irréprochables acolytes.
A commencer par le guitariste
James Calvin Wilsey, qui offre à l’album le son de
« Blue Hotel ». Ce chef d’œuvre eut une seconde jeunesse et un succès européen mérité lors de la réédition de l’album en 1990. Un classique, où la voix d’Isaak, déchirante, et le vibrato de la Fender de Wisley, se succèdent et s’entremêlent à la perfection. Wisley aura d’autres occasions de prouver sa maestria puis qu’il collaborera avec Isaak jusqu’en
1995.
On regrette que la batterie de
Kenney Dale Johnson manque parfois d’épaisseur, mais ce choix, comme celui de n’accorder qu’une fonction rythmique à la basse (qui se contente d’épouser le tempo, sans fioriture mélodique) est dû à la volonté d’Isaak et de leur producteur Jacobsen. Toute la musique qu’ils aiment, elle vient de cette prédominance voix-guitare. Elle met en valeur les talents d’auteur et de compositeur de
Chris Isaak, qui signe à lui seul toutes les chansons (exceptée la reprise de
Graham Gouldman « Heart Full of Soul »).
Le son du groupe est plus riche qu’en live, où le charisme du chanteur suffit à tenir en haleine un public.
« Lie to Me » fait intervenir quelques touches de saxophone et d’orgue, avant qu’Isaak ne s’envole dans les hauteurs d’une voix de fausset. Entre surf rock et rhythm’n’blues mélancolique, cet album s’écoute d’une traite - comme la majorité de la discographie de
Chris Isaak. Il compose un ensemble cohérent et rondement mené, le temps de s’imaginer roulant par une nuit étoilée, sur une autoroute, dans le désert californien. Un rêve américain, en somme.
Anne Yven