Inspirations world
Le premier best-of sort en 1972 et les nouveaux albums studios (Sœur Âme, Locomotive d’Or, Femmes et Famines, Plume d’Ange) s'enchaînent, Claude Nougaro enquillant alors les tubes. En 1978, paraît l'un de ses plus grands succès, « Tu verras », qui lui vaut le Prix de l’Académie du disque. Toujours aussi diversifié, le Toulousain mêle son jazz avec des accents de bossa-nova (avec la complicité de Henri Salvador), de rumba, de blues ou de java. Une influence latino qu’il doit bien évidemment à Baden Powell, mais aussi à Chico Buarque ou à Tania Maria, artistes brésiliens mêlant jazz-rock, sonorités lusitaniennes, fado et chansons engagées contre la dictature militaire de l’époque.
Le recrutement de l’accordéoniste Richard Galliano et du batteur Aldo Romano l’inspirent pour mettre quelques rythmes typiquement italiens dans sa musique, faisant de Claude Nougaro un chanteur « world » bien avant l’heure. Mais l’homme aux semelles de swing (titre de la biographie que lui consacrera l’écrivain iconoclaste Christian Laborde) reste avant tout un jazzman. Un jazzman curieux, certes, qui ne manque jamais d’aller voir ce qui se fait au-delà de son univers musical de prédilection, mais un jazzman tout de même. Garonne ou Mississipi : même combat pour Nougaro, qui ne renie pas ses origines occitanes pour revendiquer une quelconque identité en toc.
D’ailleurs, afin de se confronter au public du « vrai jazz », audience aussi élitiste que sévèrement critique, il prend le risque de se produire au New Morning en 1982, temple parisien du Vrai et du Beau en matière de musique New Orleans au risque d’essuyer les plâtres d’un jazz francophone mal vu par les puristes en la matière. Mais l’opération est un succès, au grand dam des mauvais coucheurs pour qui un jazzman toulousain ne peut être qu'un aimable poseur branquignol. Un live, sobrement intitulé Au New Morning vient témoigner de cet acte de bravoure face à l’un des publics les plus difficiles de la capitale.
Un nouveau départ, solide comme roc...
Cependant, en dépit d’un Bleu, Blanc, Blues plutôt réussi, le milieu des années 1980 s’annonce un peu difficile pour le chanteur qui, après son troisième mariage, cherche sa voie dans un paysage musical qui ne l’accepte plus comme à ses débuts. Barclay, sa maison de disques, rompt son contrat avec lui pour cause de ventes insuffisantes et l’artiste se retrouve seul et déboussolé à Paris, soudain conscient qu’il n’a plus la cote auprès du public, en dépit d’un carré de fidèles indécrottables.
Bien décidé à se ressourcer, Claude Nougaro quitte définitivement Paris pour prendre le chemin d’un exil qui ne le mène nullement à Toulouse, mais à New York, l’un des berceaux de la musique afro-américaine. Flanqué de Philippe Saisse, jeune musicien peut-être mieux à même de le comprendre que Vaquer, Galliano ou Romano ont jamais pu le faire, le Toulousain en exil découvre de nouveaux horizons musicaux typiquement américains comme le funk ou le rock à côté desquels il était totalement passé. C’est après ce cheminement quasi-solitaire new-yorkais que Nougaro compose ce qui sera sa revanche envers les maisons de disques qui l’ont un peu trop vite rangé sur l’étagère des fossiles.
Nougayork, en 1987, prend tout le monde de cours et les premières diffusions du titre-phare sur les radios provoquent l’engouement d’un public qui découvre Claude Nougaro sous un jour qu’il ne connaissait guère. Guitares électriques et synthétiseurs sont au rendez vous pour ce qui constitue l’album de la résurrection du chanteur occitan. Superstar gonflée à bloc, il sort un second « album américain » dans la foulée. Pacifique, dont le succès est assuré par la Victoire de la musique remportée l’année précédente par Nougayork. Le chanteur devient, avec Serge Gainsbourg, l’un des rares chanteurs français de plus de soixante ans à bénéficier d’une forte cote d’amour auprès des jeunes spectateurs.
Fabulous Trobador
Ce triomphe sur ceux qui le voyaient déjà bon pour la maison de retraite incite Nougaro à faire un pied de nez aux maisons de disques en sortant en 1991 Une Voix, Dix Doigts, album typique de sa production passée, auquel le public réserve le meilleur accueil. Mais Claude Nougaro a retenu la leçon new-yorkaise : plus question de se contenter de l’acquis, il lui est nécessaire d’innover.
Dès lors, le Toulousain commence à laisser traîner ses oreilles du côté de la musique traditionnelle irlandaise, du rap ou des rythmes typiquement africains.