À en croire son patronyme, on pourrait prendre Peter Kingsbery pour un britannique pur jus. Et pourtant, en dépit d’un nom fleurant bon le chapeau melon, les clubs de Coven Garden et le five o’clock, celui-ci n’en est pas moins un authentique Texan, né à Austin. Bien qu’ayant été élevé dans le culte du piano classique, de Ludwig van Beethoven et de Frédéric Chopin, c’est à la guitare qu’il fait ses premières armes devant des publics composés d’étudiants réfractaires, comme lui, à la guerre du Vietnam.
Quelques petits ennuis avec la conscription lui valent de devoir s’exiler quelques années en Californie (où les règles de l’engagement sont plus souples qu’au Texas) et c’est au cœur d’un San Francisco hippie, alors capitale de la contre-culture américaine, où se croisent les fantômes de Richard Brautigan et de Jack Kerouac, qu’il rencontre la chanteuse et organiste Anna LaCazio, le batteur Louis Molino et le guitariste Clive Wright.
Peter Kingsbery, cependant, n’est pas un néophyte de la composition car il a déjà eu l’occasion de travailler avec Brenda Lee ou Smokey Robinson. C’est donc mûr d’une certaine expérience qu’il se lance dans l’aventure Cock Robin, dont le nom est inspiré d’un vieux conte traditionnel anglais, Le mariage de Cock Robin et Jenny Wren.
Cock Robin, groupe de pop-rock commence alors à évoluer, au début des années 1980, dans les petites salles de concert de la côte californienne, cherchant son public.
La promesse
Avec les années 1980, la mode hippie des guitares sèches s’essouffle et de nombreuses formations musicales découvrent les possibilités artistiques et techniques qu’offre le synthétiseur. A l’instar des groupes de l’époque, Cock Robin ne se prive pas d’utiliser cette innovation technologique dans ses compositions. Les claviers seront d’ailleurs toujours des valeurs sûres pour le groupe qui, outre Peter Kingsbery lui-même et Anna LaCazio (l’organiste officielle), fera, au cours des années, appel à pas moins de trois claviéristes différents.
Les premières années sont difficiles pour le groupe. Nonobstant le duo charismatique que forment LaCazio et Kingsbery, Cock Robin peine à décoller et à sortir d’une audience strictement californienne. Il faut attendre 1984 pour que le groupe se trouve pris en main par Steve Hillage, musicien new age et new wave, ancien des groupes Khan et Uriel, par ailleurs bon ami de Rachid Taha et Jean-Louis Aubert.
Coaché par son nouveau bienfaiteur, Cock Robin enregistre un premier album à son nom (Cock Robin), qui sort dans les bacs en 1985. « The Promise You Made », premier single extrait de l’album s’avère un grand succès, mais essentiellement en Europe et peu aux Etats-Unis. Les clubs britanniques, allemands, scandinaves, néerlandais et français s’arrachent ces représentants de la pop music typiquement british... venue d’outre-Atlantique. En Amérique, si Cock Robin se taille un petit succès d’estime dans les clubs, les ventes s’avèrent décevantes et Steve Hillage se décide à concentrer la promotion de l’album sur le Vieux Continent.
En duo
Très vite, cependant, des tensions se créent au sein du groupe car Clive Wright et Louis Molino se trouvent relégués au second plan, loin derrière le dynamique tandem Kingsbery/LaCazio. Le clash a très bientôt lieu car Kingsbery choisit de mettre en avant Anna LaCazio au détriment des deux autres musiciens.
After Here Through Midland, en 1987 confirme la formule telle qu’elle fonctionne : deux têtes d’affiche en vedette et quelques figurants au second plan, parmi lesquels Louis et Clive Wright ne constituent que deux visages parmi tous les musiciens que le groupe invite sur l’album. « Just Around the Corner », le single vedette, se taille un fort succès d’estime en Europe et le groupe concentre sa promotion sur ce continent au détriment des Etats-Unis. De toute façon, l’accueil réservé à leur premier album avait convaincu Peter Kingsbery de choisir l’Angleterre et la France comme lieux de villégiature secondaire.