Les soeurs Bianca (la petite blonde, née à Hawaii en 1982) et
Sierra Casady (la grande brune, née dans l'Iowa en 1980) sont les filles d'un couple d'enseignants un tantinet excentrique : leur père, Timothy Casady (qui s'occupe aussi d'agriculture bio), est adepte d'un culte aux forts accents new age, la Peyote Church - il a des racines amérindiennes (Cherokee) et emmène d'ailleurs souvent les deux petites dans des réserves pour assister à des cérémonies : elles garderont certains aspects de ce culte dans leur façon de vivre.
Leurs parents se séparant alors qu'elles sont encore toutes petites, elles sont élevées à des milliers de kilomètres l'une de l'autre et elles déménagent très fréquemment :
Sierra vivra ainsi avec leur mère, Christina Chalmers, dans des conditions parfois assez précaires, qui rappellent beaucoup le mode d'existence des hippies. Bianca, elle, restera avec leur père, surtout en Arizona - par lui, elles ont une dizaine de demi-frères et soeurs, éparpillés dans toute l'Amérique. A vingt ans, après avoir habité à Rome et à Manhattan,
Sierra s'installe à Paris, dans le quartier de Montmartre, et étudie au Conservatoire l'art lyrique, mais elle abandonnera assez vite son rêve de devenir cantatrice - entre temps, elle a tout de même pu apprendre la guitare, la flûte et la harpe.
Soeurs siamoisesUn beau jour de 2003, Bianca, qu'elle n'a pas vue depuis des années, débarque chez elle, directement après lui avoir téléphoné de l'aéroport, et vient vivre sous son toit. Sa cadette a quitté presque sur un coup de tête Brooklyn, où elle étudiait la sociologie et la linguistique et se morfondait un peu. Elles apprennent alors vraiment à se connaître et deviendront vite inséparables, ne sortant de toute façon guère de leur minuscule appartement.
La belle Bianca, qui s'intéresse aussi au dessin et à la mode (elle est graphiste sous le pseudo de Red Bone Slim), écrit des poèmes et des chansons depuis l'âge de neuf ans, mais uniquement pour elle-même - grande lectrice, elle admire Jean Genet, dont elle s'inspirera pour une chanson,
« Beautiful Boyz ». C'est dans la baignoire (!) de l'appartement, à cause de l'acoustique particulière de la salle de bains, qu'elle et sa soeur commencent à chanter ensemble, blotties l'une contre l'autre, en improvisant des mélodies
a cappella devant un micro. Elles écrivent ensuite des paroles, conçoivent sur le tas des arrangements (Bianca s'est faite percussionniste et joue beaucoup sur des instruments pour enfants), et elles enregistrent petit à petit ce qui deviendra l'album
La Maison de Mon Rêve (2004), où les bruits ambiants (bouilloire, lavabo qui fuit, voitures passant dans la rue, etc.) font partie intégrante de l'oeuvre. Sans ambition particulière, elles gravent alors elles-mêmes ces chansons sur des CD, qu'elles distribuent à des copains et connaissances, après avoir inscrit sur les pochettes « Coco Rosie » (ou « Cocorosie »), d'après des surnoms que leur mère leur avait données dans leur enfance (Bianca est Coco,
Sierra est Rosie).
A leur grande stupeur, elles reçoivent peu après un coup de téléphone du label Touch And Go (de Chicago), qui a été littéralement enthousiasmé par leur travail et leur offre un contrat. Elles acceptent et peu après, passent sans effort des quelques mètres carrés de leur salle de bains à la scène, ceci au printemps 2004, quand est commercialisé l'album. Les journaux ne tardent pas à s'emparer du phénomène et le monde « branché » ne parle plus que d'elles, et pas seulement en France. Ainsi, une fois à New York, elles chantent avec Battles,
Ratatat et
Devendra Banhart, le chef de file du néo-folk (courant auquel elles sont assimilées, même si on les qualifie plutôt de « psyché-folk » ou « freak folk »), qui sera d'ailleurs un temps le fiancé de Bianca (certains les compareront, non sans malice, à
Joan Baez et Bob Dylan).
Comptines folkAutant que leur musique (en apparence une déroutante mixture de comptines, de folk, d'électro et de hip-hop), leur look bien à elle, volontairement outrancier, avec des maquillages (une moustache ou une étoile de David pour Bianca, une larme pour Sierra) et des tenues chamarrées, ne manque pas d'attirer l'attention, et elles tournent aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe. Peu après, à Paris, elles rencontrent Pascal, alias
Spleen, un rappeur de leur âge, qui accepte de venir faire des
beat boxes sur une de leurs nouvelles chansons - celles qui formeront l'album
Noah's Ark.
Elles enregistrent alors essentiellement en tournée, passant notamment en Amérique en première partie de
Bright Eyes et de TV On The Radio et elles auront désormais
Spleen sur scène à leurs côtés - en retour, elles participeront à son premier album,
She Was a Girl. Leur ami
Antony Hegarty, d' Antony & The Johnsons, les rejoint aussi le temps d'une chanson, ainsi que le cher
Devendra Banhart.