Déjà épuisé par les tournées qui ont suivi le succès de
Parachutes, les musiciens sont en panne d’inspiration, le chanteur Chris Martin déclarant être à court d’idées. La presse anglaise prophétise même leur séparation. La vérité est plus prosaïque ; le groupe avait signé avec EMI pour
cinq albums, pas un seul ou deux. Cette obligation ne lui permettait pas de se séparer, à moins de perdre beaucoup d’argent et de se voir poursuivi en justice…
Mais le premier titre dévoilé, le mélodique
« In My Place », rassure et le groupe et son entourage. Et l’album débute en fanfare avec la construction très originale de
« Politik » et son ambiance à la fois pesante et éthérée, d’un lyrisme flamboyant. Fort bien placé puisqu’il donne le ton de l’album et donne irrésistiblement envie de découvrir la suite. Les guitares sèches de
« God Put A Smile Upon Your Face » introduisent un Chris Martin chanteur intimiste, rapidement soutenu par une guitare saturée et un tempo rapide en décalage sur le couplet et complètement en phase avec l’envolée avec écho du refrain. On évoque
U2, sans l’emphase, voire la grandiloquence. Une vraie chanson pop. Codlplay calme le jeu avec
« The Scientist », belle chanson intimiste qui aurait pu figurer sur le premier album tant elle rappelle
« Yellow ». La voix fragile de falsetto de Chris Martin est un régal tout au long de l’album et il sait d’instinct adapter sa texture aux autres titres, tous différents, dans leur construction, leur atmosphère et leurs harmonies.
Avec
« Green Eyes » on se croit revenu au bon vieux temps du folk rock des années 60, l’écho sur la voix en plus. Avec
« A Whisper » à celui du British beat boom, les synthés en plus… Les deux grands moments de ce disque valent à eux seuls son acquisition :
« A Rush Of Blood To The Head » - à écouter très fort - est un poème lyrique en vers au texte dramatique dit d’un ton à la fois détaché et convaincant, aux couplets élégiaques et au refrain carrément hanté. Une expérience que la mémoire auditive ne peut oublier. Et enfin le somptueux
« Clocks » et son irrésistible intro au piano qui perdure à chaque reprise du refrain, et cette ligne de basse qui suit la mélodie chantée par Chris Martin sur les couplets. Magique… Un remix dance réalisé par Royksopp a été n°1 en Australie.
Les musiciens, qui ont décidé démocratiquement dès leur formation de partager les crédits de toutes leurs chansons, ont promis de verser 10% de leurs gains à des organisations caritatives ; et ils en donnent la liste sur le livret, avec en bonne place le dada de Chris Martin, le commerce équitable (www.maketradefair.com).
Jean-Noël Ogouz