Colin Blunstone naît à Hatfield, petite bourgade de l'Hertfordshire, le 24 juin 1945. Son père est un modeste coiffeur. Studieux et bien élevé, il va à l'école à Saint-Albans, où il fait (d'abord de loin) la connaissance de Rod Argent et de Paul Atkinson, deux de ses futurs collègues au sein des Zombies. Lors de leur première répétition, il sort d'un match de rugby qui lui a laissé un nez cassé et les deux yeux au beurre noir et il s'essaie uniquement à la guitare lead tandis que Rod Argent, déjà claviériste, est au chant, mais quand Colin fait les choeurs, son timbre est tellement agréable et mélodieux que Rod Argent décide qu'il tiendra le micro et qu'il sera leur frontman. Ainsi, sa voix douce, d'apparence fragile, légèrement voilée, fait merveille sur « She's Not There », le premier single du groupe et énorme succès international en 1965, que les Zombies ne parviendront malheureusement pas à reproduire : leur image de gentils garçons et de premiers de la classe va beaucoup les desservir, la mode étant alors aux petites frappes, aux sales gosses trop gâtés qui ne manquent de rien mais osent chanter qu'ils ne trouvent pas satisfaction...
Une année studieuse
En 1966, Blunstone vit une expérience plutôt sympathique en apparaissant furtivement dans le film Bunny Lake a disparu d'Otto Preminger, dont les Zombies ont signé la musique. A la séparation du groupe, dégoûté par la malchance dont ils ont été frappés et par les procédés de certains managers véreux, il quitte provisoirement le monde de la musique pour travailler comme agent d'assurances, mais le succès à retardement de « Time Of The Season » (1969) en simple l'incite à se lancer dans une carrière solo, d'abord sous le pseudonyme de Neil McArthur (il publie ainsi chez Deram trois 45-tours, dont une curieuse reprise de « She’s Not There ») puis sous son vrai nom, ceci après avoir signé chez Columbia.
N’ayant pas coupé les ponts avec Rod Argent et Chris White, il refait appel à eux pour son premier album solo, le superbe One Year (1971), une sorte de chronique de sa vie sur les douze derniers mois passés, ceci essentiellement en studio, les séances ayant duré exactement un an. Cette oeuvre, pourtant remarquable, se vend moyennement mais une de ses chansons, « Say You Don't Mind », signée Denny Laine (futur membre des Wings de Paul McCartney), se classe bien dans les charts. Il continue sur sa lancée avec le beau Ennismore (1972), qui aura à peine autant de succès, même si « I Don't Believe in Miracles » marchera plus que correctement en 45-tours.
Keats
Au milieu des années 70, son contrat avec Columbia n'étant pas renouvelé, il signe auprès de la compagnie Rocket Records d'Elton John (un de ses artistes préférés) et va enregistrer à Los Angeles, mais ses productions deviennent de plus en plus formatées et neutres, presque stériles. Pourtant, jusqu'au début des années 80, il continue à nourrir plutôt tranquillement sa famille avec la chanson et remplit son CV en apparaissant comme « invité » sur plusieurs albums de l'Alan Parsons Project (le hit « Old And Wise », formule qui lui convient aujourd'hui tout à fait), de Mike Batt, et sur un single du clavériste Dave Stewart (à ne pas confondre avec le guitariste d'Eurythmics), une reprise new wave à succès d'un classique de la Tamla Motown, « What Becomes Of The Broken Hearted ».
En 1984, il retente l'expérience du groupe en fondant avec des membres de l'Alan Parsons Project Keats, qui ne publiera qu'un seul album. En 1991, cédant à la tentation, il accepte de participer à une brève reformation des Zombies pour l'album New World, sur lequel il a écrit plusieurs titres mais qui n'aboutit pas à grand'chose, Rod Argent en étant de toute façon largement absent. Pas aigri pour deux sous, il retourne à sa carrière solo et chante avant tout dans le circuit oldies, se produisant le plus souvent à la même affiche que le Mandred Mann's Earth Band, enregistrant des spots publicitaires et apparaissant même à l'occasion dans quelques épisodes de séries télévisées.
Retour de flamme
A la toute fin des années 90, lors d'une de ses séries de concerts, Rod Argent se joint à lui presque par hasard, pour le fun. Ravis du résultat, ils enregistrent un album en duo (Out Of The Shadows) et, suite à la demande des fans, ils finissent par utiliser le nom de The Zombies, qu'ils portent toujours actuellement. L'heure de Colin Blunstone vient enfin, en 2002 : tout comme elle a redécouvert Odessey and Oracle quelques années plus tôt, la critique s’entiche subitement de One Year, qui est réédité en CD et se vend très bien.