Le star-system
Ce surcroît de notoriété permet à Coluche de monter sa propre troupe, « Au vrai chic Parisien – Théâtre vulgaire », comprenant les débutants Claire Nadeau, Philippe Bruneau (le futur moustachu lunaire du Collaro Show), Roland Giraud ou Martin Lamotte, et de produire sa première pièce Thérèse est triste, festival d’humour de corps de garde, de seins nus et de fesses à l’air. Gaulois et grivois, le spectacle rencontre un succès monstre et d’autres pièces sont lancées à la suite. L’une des comédiennes, Véronique Kantor, tape particulièrement à l’œil du directeur de la troupe : il l’épousera en 1975. Mais ses anciens démons rattrapent Coluche, qui ne s’est jamais vraiment mis au régime sec, qui est contraint de s’en aller à nouveau.
Commence pour lui une carrière solo qui le verra créer ses plus célèbres sketches. Télés, scènes, radios, cinéma : Coluche est partout et devient une figure incontournable de l’humour à la française. En 1974, après une brouille avec le producteur Paul Lederman, Coluche annonce ses adieux à la scène. Adieux plus que provisoires puisqu’il ne s’en va que pour mieux revenir : le 19 mai 1974, au soir de la victoire de Valery Giscard d’Estaing, l’un de ses sketchs est diffusé en prime-time, du fait – télévision de l’époque oblige – du retard du candidat battu François Mitterrand pour une allocution en direct. Cette décision, imputable à Guy Lux, vaut à Coluche une reconnaissance nationale. Ce ne sera pas la dernière collaboration entre les deux hommes puisque Guy Lux participera au sketch Le Schmilblick, parodiant une émission radio qu’il animait alors.
L’incontournable
Entre-temps, Coluche est devenu l’un des humoristes préférés des Français, à égal avec Thierry Le Luron, avec lequel il se mariera « pour le meilleur et pour le rire » en 1985. Mais au cours des années 1970 et 1980, c’est surtout à la télévision et au cinéma qu’il officie. S’il reste un acteur assez limité (en dehors de Tchao Pantin, dans lequel apparaissent Gogol Ier et sa Horde), Coluche a toujours évolué peu ou prou dans le même registre du gentil naïf, que ce soit dans Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine, l’Aile ou la cuisse, Banzaï ou La vengeance du serpent à plumes), il s’impose comme une bête médiatique, capable de faire partir en sucette n’importe quel show télévisé, n’hésitant pas à bousculer les politiques invités, forçant ses derniers à rire jaune en direct comme ce fut le cas pour Jack Lang, qualifié de « ministre du temps perdu à un prix fou » lors de la cérémonie des Césars 1984. S’il ne consacre plus à sa carrière de musicien, Coluche n’en retrouve pas moins d’anciens réflexes comme avec les sketches du violoniste aux gants de boxe, celui du rocker ou « Misère, misère », pendant lesquels il s’amuse à parodier ses prestations musicales des débuts. Il continue, cependant, à côtoyer chanteurs et musiciens : Carlos, Renaud, Gérard Lenorman, Daniel Balavoine... sont autant de familier de la fraternité Colucci, qui accompagneront le comique pendant la majeure partie de sa vie artistique. Animateur radio et télé, Coluche est contacté autant par Canal + que par Europe 1 pour assurer l’audimat.
Sans idéologie, discours ou baratin...
S’il paniqua la classe politique au début des années 1980 en annonçant une candidature-gag à la Présidence en 1981, Coluche, au milieu de la décennie, commençait à s’essouffler. Artistiquement d’abord, médiatiquement également. C’est pour sa remise en question via Tchao Pantin qu’il obtiendra un César en 1984. Mais cette consécration ne changera pas l’intimité de ce rigolard dépressif, dont la vie privée était largement moins souriante que l’image médiatique. Si les échecs commerciaux des films Le Bon Roi Dagobert et Le Fou de Guerre semblent indiquer un déclin de sa popularité, l’humoriste se relance en animant des émissions de radio et de télévision. En 1985, c’est à travers le caritatif qu’il pourra s’exprimer à nouveaux, créant Les Restos du Cœur et chantant l’introduction de la « Chanson des Restos » pour laquelle il battit le ban et l’arrière-ban de ses amis artistes. L’engagement du comique auprès des démunis lui vaut un important soutien et, dès 1985, les premières distributions de vivres sont organisées sous la houlette des Restos du cœur. Afin de contribuer au succès de son organisation caritative, qui a reçu le soutien de l’Abbé Pierre, Coluche n’hésite pas à s’exprimer devant le Parlement français, puis son homologue européen pour sensibiliser les députés, aux problèmes de stockage et d’imposition des dons, ce qui aboutira, en 1988 au vote d’une Loi Coluche en 1988, défiscalisant les dotations faites à des œuvres caritatives.
Les dates ... 1986 (19 Juin) Décès de Coluche 1985 (26 Septembre) Création des Restos du Coeur |