La carrière de Coolio, à l’image de ses collègues Ice T, Ice Cube ou Snoop Dogg est emblématique de la fin du mythe du « gangsta-rappeur ». Issus généralement des gangs urbains ou périurbains des grandes métropoles américaines, ils se sont imposés dans le milieu hip-hop grâce à une imagerie crypto-mafieuse archétypale, avant d’évoluer vers un style plus calme, inspiré par le R&B et le sampling de morceaux disco, de variété ou de rock pour finalement terminer dans les studios de tournage hollywoodiens (pour les plus chanceux) ou les arrières cours de la série B ou de la série TV (pour la majorité) incarnant la plupart du temps à l’écran les mêmes flics qu’ils vilipendaient dans leurs textes. A l’image d’un soufflé qui retombe, le Gangsta-rap, a quitté la pose contestataire qui était la sienne pour devenir un produit de consommation courante. Et Coolio fut précisément l’un des premiers à entamer le processus en toute conscience. Né Artis Leon Ivey Jr. en Californie, Compton, le 1er août 1963, le futur Coolio s’intéresse très jeune au domaine musical. Mais alors que le hip hop connaît ses balbutiements sur la côte Est, c’est vers un registre plus classique qu’il fait ses premières armes à la guitare.
Membre de quelques éphémères groupes de lycée, ses performances lui valent le surnom de « Coolio Iglesias », donné par ses amis. Il laissera le patronyme « Iglesias » à d’autres, mais gardera toujours « Coolio » dans un coin de sa mémoire. Cependant, le jeune Artis Leon, du fait de son appartenance aux Crisps (l’un des gangs majeurs de la côte Ouest), est très vite attiré par la mouvance rap et son phrasé rapide lui vaudra de tenir le micro au sein du « posse » WC and the Maad Circle aux côtés de DJ Crazy Tones, Sir Jinx et WC. Très vite happé par la mouvance gangsta et le bataclan qui va avec en terme d’attitude de bad boys, le groupe californien se forge une réputation et commence à intéresser les producteurs. Maad Circle sortira consécutivement deux albums en 1991 et 1995, Ain’t A Damn Thang Changed et Curb Servin ‘ sur lesquels on retrouve les featurings d’Ice Cube et de Jay Dee.
Au Paradis
En dépit de sa participation à l’aventure Maad Circle, Coolio, dès 1994, commence jouer perso avec un premier album solo, It Takes A Thief dont le titre phare, « Fantastic Voyage » est une version rap d’un standard funk de Lakeside des années 70. Gros succès, le clip de « Fantastic Voyage » passe en boucle sur MTV et remporte un MTV Grammy Award. Sur la lancée de Curb Servin’, Coolio, en 1995 sort son second album solo qui lui vaut la renommée internationale, Gangsta’s Paradise. Le morceau éponyme, popularisé par la B.O. du film Dangerous Minds (Esprits rebelles en VF) , fait le tour du monde avec son sample « emprunté » à Stevie Wonder (« Pastime Paradise ») ; il rapporte un Grammy Award à l’artiste dans la catégorie « Meilleure chanson de film ». Mais, en 1997 et 2002, My Soul et El Cool Magnifico, ses deux prochains albums peinent à trouver leur public et ne remportent qu’un succès d’estime, bien loin de celui rencontré par Gangsta’s Paradise. Devant cette réussite mitigée, Coolio, qui avait déjà tenu quelques petits rôles au cinéma (Gangland, une pochade sans nom, notamment) et séries télé, commence sérieusement à envisager un changement de carrière. Pas mauvais acteur (du moins, tant qu’il reste dans le registre du bon macho), Coolio enchaîne les productions plus ou moins mainstream, plus ou moins miteuses, parfois dans d’amusants rôles à contre-emploi comme celui d’un directeur d’école dans Shriek, If You Know What I Did Last Friday The 13th (comédie parodique des teen-movies d’horreur). Sa carrière, cependant, restera cantonnée à des seconds rôles, des doublages, des caméos ou des figurations pas toujours intelligentes. En comparaison, ses collègues Ice Cube et Ice T s’en sortent largement mieux que lui. On le verra même donner la réplique aux marionettes de Jim Henson dans un épisode du nouveau Muppet Show où le rappeur met sa coolitude naturelle au service des Muppets face à un producteur douteux. Bref, pas de quoi s’en tirer avec un Oscar. Mais un autre phénomène télévisuel va quand même lui permettre de ne pas se faire oublier trop vite du public.