par Nikita Malliarakis
En octobre 1966, sous l'impulsion du label italien RCA, Dalida rencontre Luigi Tenco, jeune chanteur-compositeur « engagé ». RCA souhaite présenter au traditionnel concours de la chanson italienne de San Remo un morceau que Tenco se chargera de composer et qu'ils interprèteront en duo. Dalida fréquente beaucoup Luigi Tenco pour la préparation du concours et de leur chanson, « Ciao Amore », et finira par avoir une liaison avec lui : ils vont jusqu'à envisager le mariage. Selon certaines versions rapportées bien plus tard par la presse italienne, leur relation simplement amicale aurait été montée en épingle dans un but publicitaire. Quelle que soit la vérité, leur relation semble avoir été forte, comme le montrera la suite.
En janvier 1967, lors du festival de San Remo, « Ciao Amore » n'est pas retenu par le jury. Tenco se suicide le soir même dans sa chambre d'hôtel, en dénonçant le conformisme commercial de San Remo. Dalida, bouleversée, enregistrera une version en solo de « Ciao Amore » avant de tenter elle-même de se suicider quelques mois plus tard.
La brève et tragique histoire de Luigi Tenco marque Dalida à la fois personnellement et artistiquement : elle change de jeu de scène, s'habille de grandes robes blanches, affiche un look de Madone. Elle remporte un nouveau triomphe à l'Olympia en octobre 1967. Le public apporte toute son affection à une star qu'il sait et sent blessée et meurtrie : une sorte de malédiction morbide semble peser sur la star ; son premier mari, Lucien Morisse, se suicide à son tour en 1970. Dalida continue de vouloir cultiver son esprit (yoga et analyse jungienne à la clé), d'anoblir son répertoire. Après le succès populaire de « Darladiladada », elle chante « Avec le temps » de Léo Ferré et décide d'interpréter exclusivement des chansons ayant à ses yeux un intérêt artistique et poétique.
Devant le scepticisme de Bruno Coquatrix, Dalida loue elle-même l'Olympia fin 1971 et remporte un nouveau succès. En 1973, elle interprète « Paroles paroles », gigantesque tube, en duo avec Alain Delon.
Dans les années 1970, Dalida change encore d'apparence. Chevelure de plus en plus flamboyante, corps sculpté par des robes en lamé, Dalida cesse d'être madone pour se faire « star hollywoodienne ». En 1972, elle rencontre un jeune journaliste à Ici Paris, Pascal Sevran qui deviendra l'un de ses intimes et composera pour elle, l'année suivante, « Il venait d'avoir 18 ans », nouveau et gigantesque succès qui demeurera l'un des classiques de Dalida.
Dalida a constitué autour d'elle un entourage virevoltant, composé d'artistes, d'intellectuels, de politiques (elle devient ainsi l'amie de François Mitterrand). Dans ce mélange de future jet-set artistique et d'intelligentsia de gauche (Jacques Attali et autres Roger Hanin font également partie de l'entourage de la chanteuse), surnage le nouveau compagnon de Dalida, un certain Richard Chanfray, mythomane mondain qui prétend être le Comte de Saint-Germain, célèbre aventurier « immortel » du XVIIIème siècle. Pour pittoresque qu'il puisse être, Chanfray n'en sera pas moins la dernière grande passion de Dalida, qu'il fréquentera jusqu'en 1981. « Saint-Germain », sous la houlette d'Orlando, interprètera non sans un certain talent quelques chansons, dont un duo avec Dalida.
Dalida, en attendant, se renouvelle encore et inaugure en 1975 la vogue Disco, avec « J'attendrai », le premier tube français du genre. Quelques années plus tôt, elle avait refusé un contrat de dix ans aux Etats-Unis, se fermant de fait le marché de ce pays : elle prend sa revanche en 1978, en remportant un triomphe grâce à son show au Carnegie Hall de New York. Elle renoue ensuite avec ses racines égyptiennes, en chantant en arabe, « Salma Ya Salama » et réalise une tournée au Moyen-Orient (1979).
Présence quasi-obligatoire de toutes les émissions de variété, Dalida est à l'orée des années 1980 une star incontournable en France, tout en conservant son rayonnement à l'étranger. L'élection de François Mitterrand en 1981 la propulse au rang d'égérie du nouveau régime, écornant quelque peu son image de star consensuelle ; son engagement semble avoir cependant été davantage amical que politique.
Les dates ... 2007 (Mai) Hommage : 20ème anniversaire 2005 Diffusion d'un feuilleton télévisé sur la vie de Dalida |