Tout d'abord pour les besoins d'un épisode de la série Alfred Hitchcock présente, que Burton réalise, puis, pour ceux d'un ambitieux projet du metteur en scène, Beetlejuice (1988). Si le film lance la carrière du réalisateur, la bande originale, et surtout le morceau « Day-O » interprété par Harry Belafonte, fait d'Elfman un compositeur de musiques de films bankable, quand bien même certains critiques lui reprochent son style trop débridé et sa méthode de création hétérodoxe. Mais si Beetlejuice contribue à faire des deux hommes des gens qu'Hollywood commence à regarder avec intérêt, c'est leur collaboration suivante qui les propulse au sommet.
À la fin des années 1980, le film de super-héros est un genre en déshérence, ne faisant plus guère recette depuis les derniers Superman et les adaptations malheureuses des 4 Fantastiques (de Roger Corman, dans une version jamais sortie au cinéma) et du Punisher (avec Dolph Lundgren). La Warner, pourtant, a décidé de miser quelques millions sur un renouveau du genre en mettant en chantier une adaptation du Chevalier Noir de Gotham City, la première depuis le film semi-parodique de 1966. Le projet de ce Batman effraie un peu Elfman, qui fait part de ses doutes à Burton, lequel l'impose cependant à la conception sonore de l'univers du Dark Knight. Un temps pressenti pour interpréter le morceau-phare de la bande oirignale, Michael Jackson est écarté au profit de Prince, dont la « Batdance » très marquée par son temps, doit constituer le produit d'appel majeur de la bande-son. Quelques années plus tard, si tout le monde a oublié le morceau de Prince, tous les cinéphiles gardent en tête le thème d'ouverture composé par Elfman, qui sera repris dans les suites, mais aussi dans la série animée de 1992, tant il colle parfaitement avec l'ambiance gothique que Burton a élaboré autour de l'univers du Carpet Crusader.
Les goths et les geeks
L'arrivée de l'électron-libre Elfman dans le Landerneau des compositeurs de musique pour le cinéma est loin de faire l'unanimité. Le chanteur d'Oingo Boingo doit en effet, essuyer les plâtres de critiques acerbes lui reprochant ses méthodes de travail et sous-entendant même de manière diffamatoire qu'il ne serait qu'un prête-nom derrière lequel se dissimuleraient d'autres compositeurs bien plus prestigieux (le nom de John Williams circule alors). Qu'importe car deux autres commandes majeures lui sont bientôt passées, mais pour la télévision cette fois. Celle du dessin animé satirique de Matt Groening, Les Simpson, tout d'abord, puis le générique d'une série de courts-métrages d'horreur, Les Contes de la Crypte. Dans les deux cas, Elfman s'en tire avec les honneurs et ses mélodies sont encore dans la mémoire des amateurs. Puisant son inspiration aussi bien dans le punk rock que chez les compositeurs classiques, Danny Elfman commence à devenir un auteur apprécié par certains mouvements esthétisants, notamment les gothiques, qui se retrouvent en phase avec ses musiques de film, contribuant à faire du compositeur l'une des références de la « contre-culture ».
Un phénomène qui n'échappe pas à plusieurs réalisateurs qui lui demandent de composer pour eux. S'il est amené à travailler pour Warren Beatty (Dick Tracy) ou Clive Barker (Nightbreed), Danny Elfman commence, dès 1990 à travailler avec un autre geek dans la lignée de Burton avec qui il entame une collaboration riche (bien que pas autant fusionnelle qu'avec le réalisateur de Beetlejuice) : Sam Raimi. Propulsé par le succès d'Evil Dead, Sam Raimi est de la même trempe que Tim Burton ou Danny Elfman lui-même, l'un de ces nerds biberonnés aux comics, au punk rock et aux séries B qui deviennent les valeurs montantes d'Hollywood. Si leur première collaboration passe relativement inaperçue (Darkman, en 1990), les deux hommes resteront fidèles l'un à l'autre pour les futures productions de Raimi, d'Evil Dead III : l'Armée des Ténèbres (en 1993) à Spider Man (en 2002).
En dépit de ses nombreuses participations aux musiques du cinéma hollywoodien, Elfman reste avant tout fidèle aux univers gothico-romantiques de son ami Tim Burton avec lesquels ses morceaux atteignent l'osmose complète. Au duo Burton / Elfman vient s'ajouter un troisième larron, l'acteur Johnny Depp, véritable réceptacle des créations des deux autres, capable d'habiter et de s'accaparer les univers visuels et sonores des deux hommes pour en tirer le meilleur. Edward aux mains d'argent (Edward Scissorhands, en version originale - 1990) est la première collaboration entre les trois hommes et elle s'avère artistiquement efficace. Elle se poursuivra sans discontinuer au cours des années futures avec Sleepy Hollow (1999), Charlie et la Chocolaterie ou Les Noces funèbres en 2005. Seuls faux bonds, Elfman ne participe à l'écriture ni des musiques d'Ed Wood (Howard Shore lui sera préféré) ni de celles de Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street (le livret de cette comédie musicale signé Stephen Sondheim et Jonathan Tunick préexistait à l'adaptation de Burton).
Les dates ... 2010 (22 Mars) Sortie de la bande originale Alice in Wonderland 2007 Nomination : Docteur Honoris Causa |