Trois albums en près de trente ans,
David Gilmour n’est apparemment pas le genre d’artiste à capitaliser sur la renommée du groupe qui l’a vu grandir.
En 2006, tout va pour le mieux (son ami le claviériste
Rick Wright n’a pas été encore emporté par le cancer,
Roger Waters accepte de nouveau de parler à son alter-ego, au sein du groupe qui a construit la légende du space rock), et le chanteur et guitariste entend que cela se sache. Alors, il ouvre son carnet d’adresses, et demande à l’ex
Roxy Music
Phil Manzanera, ainsi qu’à
Chris Thomas, légendaire homme aux manettes derrière
The Pretenders, de l’aider à produire les sessions. Il invite également
Robert Wyatt (et son cornet magique et rêveur),
David Crosby et
Graham Nash (sublimes en choristes de luxe),
Georgie Fame et son orgue démoniaque, ou
Jools Holland (Squeeze), à venir fraternellement partager le menu de ce rock adulte, décontracté, et médium.
Mieux encore : six des dix pièces proposées ici bénéficient des textes de l’épouse de Gilmour, ce qui traduit une véritable fusion dans la vie de Gilmour (mais peut faire craindre aux plus anciens le retour d’une saga à la John Lennon/Yoko Ono). Et, en toute logique, l’écoute d’
« On An Island » (la chanson), où Gilmour dépose des mots de sérénité sur une mélodie rêveuse, démontre à satiété que la clé des songes du
Pink Floyd n’a pas été perdue pour tout le monde.
L’album réalise un équilibre tout à fait étonnant entre la spatialité des guitares (mais Gilmour n’oublie jamais, dans la fluidité de son jeu, qu’il vient du blues), l’intimisme du chant, et la subtilité des strates sonores. Une réussite du genre, et un triomphe commercial au Canada tout d’abord, puis partout dans monde,
On An Island connaîtra les honneurs de la sixième place des charts américains. Quant à la chanson-titre, le single atteindra le Top 30 de sa catégorie.
Christian Larrède