C'est dans la petite ville de Basildon, près de Londres, que se forme l'embryon du futur
Depeche Mode (1979), autour de
Vince Clarke,
Andrew Fletcher et
Martin Gore, trois camarades de lycée. Alors que l'Angleterre vit au rythme déchaîné du punk, les trois amis vont centrer leur créativité autour d'un nouvel instrument, peu usité à l'époque : le synthétiseur. C'est aussi pendant ces années que le public découvre la musique électronique avec des groupes tel que Orchestral Manoeuvres in the Dark ou
Kraftwerk.
Par le biais d'une audition, ils recrutent le quatrième élément du groupe (1980), un certain
Dave Gahan, chanteur charismatique et au look un peu mauvais garçon. Il est d'ailleurs à l'origine du nom du groupe, en référence au magazine français du même nom et au phénomène, propre aux années 1970/1980, de changements rapides de modes.
Depeche Mode se lance alors dans la tournée des boîtes et cafés londoniens avec des chansons composées par
Vince Clarke et signe son premier enregistrement,
« Photographie », sur la compilation
Some Bizare en 1980. La même année, ils se font remarquer par Daniel Miller, fondateur du label Mute Records abritant
Nick Cave, qui décide de les prendre sous son aile. Dès lors, tout s'accélère pour les quatre garçons : ils commencent à se faire un nom dans l'univers musical avec une premier single
« Dreaming of me », puis un second
« New Life » en juin 1981. Vient ensuite le premier tube d'une longue série
« Just can't get enough » (septembre 1981) qui sera bientôt l'hymne du groupe, aboutissant à un premier album
Speak and spell (octobre 1981). Une rythmique entraînante, des voies propulsant le thème fulgurant avec une vivacité impressionnante, une sonorité typiquement new-wave... le son de
Depeche Mode est né.
Mais alors que
Depeche Mode semble prêt à briser toutes les barrières de la célébrité,
Vince Clarke, son principal compositeur décide de prendre le large avec le groupe pour fonder
Yazoo, puis
Erasure. Les espoirs de réussites sont alors infimes, car
Depeche Mode, en pleine période de doute, semble avoir perdu son identité musicale. Ils arriveront à faire face grâce à
Martin Gore qui prend les manettes créatives et composera dorénavant, à quelques exceptions près, l'ensemble du répertoire musical de
Depeche Mode.
Le premier opus de cette nouvelle ère sera
A broken frame, dont les singles
« See you »,
« The meaning of love » et « Leave in silence », propulsent les trois musiciens au sommet des charts par des beats vifs et des sonorités étranges mélangés entre elles créant ainsi le climat déroutant de cet album.
Martin Gore, contrairement à
Vince Clarke, se lance dans des compositions romantiques et sombres, pures et perverses à la fois, et qui durent. C'est là désormais la particularité du groupe : être en constante évolution et prêt à bouleverser les méthodes de travail à chaque nouvel album. Afin de combler le vide laissé par Clarke, les
Depeche Mode décident de passer une annonce et accueillent
Alan Wilder, qui sera le quatrième
Depeche Mode jusqu'en 1995.
Une musique nouvelle, des textes de plus en plus engagés, le troisième album
Construction time again (1983) amorce un virage avec des sonorités métalliques et en se faisant plus social et moins tendre ; la pochette arborant un homme martelant la montagne à coup de masse, n'est pas sans rappeler l'imagerie soviétique révolutionnaire. Les quatre compères feront même de leurs convictions politiques un de leurs fers de lance.
« People are people », issu de
Some great rewards (1984) sera le véritable déclic de
Depeche Mode : en se plaçant en quatrième position des charts anglais, il lance le groupe dans le paysage musical mondial : métallique, plus rock, plus affirmé, une rythmique toujours aussi imposante, ces sonorités mélangées et décalées contribuent au charme charismatique de cette musique. C'est à cette époque que
Martin Gore s'exile à Berlin, dans une Allemagne pas encore réunifiée et y puise une nouvelle source d'inspiration ; ce que l'on appelle plus communément la période berlinoise (
ndlr : Appelation d'Origine Controlée signée David Bowie).