Les sultans du swingDire Straits s’est formé milieu 1977 dans le quartier artistique et bohème de Deptford au sud est de Londres : Mark et son frère
David Knopfler (guitares & chant),
Pick Withers (batterie) et
John Illsley (basse). Ils choisissent ce patronyme peu encourageant pour conjurer le sort ( ?) de leur pauvreté. Ils confient une maquette au célèbre musicologue et à l’époque DJ vedette de Radio 1 Charlie Gillett qui la transmet au label Vertigo. Un premier 45 tours
« Sultans of Swing », une vignette bluesy et entraînante sur la scène pub rock londonienne, est publié en mai 1978 dans l’indifférence générale ; l’album mis en boîte est néanmoins publié le mois suivant et obtient le même accueil. Par contre, Warner
Bros. aux Etats-Unis en signe la distribution locale, le sort en octobre avec succès,
Dire Straits parvenant à la 2ème place du Billboard (disque de platine), soutenu par le simple qui est n°4 au début de l’année suivante. Par contre coup, l’Angleterre découvre son trésor caché, et
« Sultans of Swing » et l’album y obtiennent une seconde chance. La Presse s’en empare tardivement, et l’album y est à son tour un succès commercial, suivi par l’Europe. Ignoré à sa sortie,
« Sultans of Swing » était destiné à devenir l’un des morceaux les plus attendus en concert tout au long de la carrière du groupe. Le toucher délié et la sonorité claire du guitariste impressionnent ses contemporains ;
Bob Dylan lui-même et en premier lieu, qui invite Knopfler et son batteur à participer à l’enregistrement aux studios Muscle Shoals de son
Slow Train Coming.
L’alchimie de la Strato rouge et du bandanaMalgré l’insuccès du simple suivant en juillet 1979,
« Lady Writer », le deuxième album Communiqué en juin aux Etats-Unis puis en août en Angleterre, copie conforme du premier, obtient un succès identique. Mais celui-ci engendre une brouille entre les deux frères et David quitte le quatuor en plein enregistrement du troisième album en été 1980, Mark s’arrogeant l’écriture de toutes les compositions. Il est d’abord remplacé par le mercenaire américain
Sid McGinnis, et
Roy Bittan du E Street Band de
Bruce Springsteen étoffe le son du groupe par ses claviers.
Making Movies est alors leur meilleure production (Knopfler &
Jimmy Iovine qui a amené Bittan) et les arrangements sont plus fouillés, l’architecture des morceaux plus complexe, tout en conservant un fond country/blues au parfum classique. L’album est soutenu par trois hits mémorables,
« Romeo and Juliet »,
« Skateaway » et
« Tunnel of Love ». Perfectionniste,
Mark Knopfler remanie encore son entourage, car c’est bien lui le patron du groupe : McGinnis est remplacé par un autre américain,
Hal Lindes, tandis que le claviers Alan Clark s’installe. Et
Dire Straits livre en été 1982 le très abouti Love Over Gold qui débute en fanfare avec l’interminable
« Telegraph Road » et se poursuit avec l’hispanisant
« Private Investigations » (le premier simple, n°2 en Grande Bretagne tandis que l’album y est n°1) et
« Industrial Disease » (le deuxième 45 tours) puis
« Twisting By The Pool » (le troisième). La recette est maintenant éprouvée : longues mélopées avec légère introduction à l’orgue et délicates pointes de piano censées créer une atmosphère mystérieuse, puis entrée de la guitare acérée et de la voix passe partout du guitariste, arpèges de guitare sèche, et enfin changements de tempo tout au long du morceau. Une ambiance proche de celle d’un
JJ Cale, ou d’un
Chris Rea auquel il est « reproché » de copier
Dire Straits depuis 1978 alors qu’il appliquait une formule semblable et un toucher de guitare similaire depuis la même année. Le talent de narrateur de
Mark Knopfler est salué comme l’égal d’un Springsteen ou d’un Dylan, dont il produit même l’album
Infidels l’année suivante. L’homme à la Stratocaster rouge et à l’éternel bandana sur une calvitie naissante se lance alors avec succès encore dans des projets parallèles ; le cinéma fait appel à lui et il compose dans la foulée les musiques des films
Local Hero que son
« Going Home » termine (1983), de
Comfort and Joy et de
Cal (1984). Avant une grande tournée mondiale, Knopfler fait une nouvelle fois le ménage, remplaçant une première fois
Pick Withers par Iomar
Hakim puis le vétéran
Terry Williams.