« Frères d’armes » est enregistré de novembre 1984 à mars 1985 aux studios Air de Montserrat et Londres avec les nouveaux arrivants, le multi-instrumentiste
Guy Fletcher, le guitariste américain Jack Sonni et le batteur de Jazz-fusion
Omar Hakim (qui assure toutes les parties de batterie, sauf celle de l’intro crescendo de
« Money For Nothing » improvisée par le batteur habituel du groupe, Terry Williams). Cet album est capital dans l’histoire de la Rock Music. D’abord parce que la plupart des compositions de
Mark Knopfler sont parmi ses meilleures jusqu’ici, et aussi par sa qualité technique, son nouveau format, ses récompenses et ses ventes phénoménales.
Brothers In Arms est le premier album enregistré entièrement avec le système digital à être publié directement sous le format CD (pas le premier album digital enregistré, cet honneur revenant au
Bop Till Tou Drop de
Ry Cooder en 1979).
N°1 aux Etats-Unis le 31 août 1985, il reste à cette place pendant neuf semaines et est classé dix mois consécutifs dans les dix meilleures ventes ; il s’y est vendu près de dix millions de copies. Egalement n°1 en Grande Bretagne où il détient le record de la plus grosse vente d’albums de la décennie, et vient en quatrième position dans les meilleures ventes de tous les temps, où il a été certifié treize fois disque de platine. Le succès commercial est tel que les usines de CD de Phonogram ne fabriquent que lui pendant des semaines, sous-traitant même chez des concurrents, empêchant ainsi la fabrication d’autres productions. Alors encore dominé par le format LP 33 tours, le marché du disque bascule irrésistiblement grâce à ce succès significatif dans la production du format CD ; il est d’ailleurs le premier « CD d’or » certifié par l’industrie. A ce jour il s’en est vendu vingt cinq millions d’exemplaires à travers le monde. En France, il est largement favorisé à l’époque par la coïncidence de la baisse de la TVA sur les disques. Il obtient trois Grammy Awards, celui du meilleur son et du meilleur album rock, et vingt ans plus tard celui du meilleur son Surround pour sa réédition au format SACD. Devancé en avril 1985 par le 45 tours
« So Far Away » (Knopfler y cite des classiques rock ‘n’ roll) qui est ignoré par les stations de radio américaines et qui ne parvient qu’à la 20
ème place du hit parade en Grande Bretagne, l’erreur stratégique est vite réparée deux mois plus tard lorsque entre-temps les stations se sont précipitées sur l’imparable
« Money For Nothing ». Réfractaire aux clips vidéo et agacé par l’importance de la chaîne MTV,
Mark Knopfler s’en prend à la chaîne (« I want my MTV » répété à l’envi par l’ami
Sting alors de passage à Montserrat, et dont la voix haut perchée fait pendant au ton « laid back » de Knopfler) ; son attaque en règle iconoclaste de la chaîne a un effet inverse. Son propre clip acerbe réalisé par ordinateur emballe les producteurs de MTV au sens de l’humour, qui, au lieu de le boycotter, le diffusent en boucle ! Ce titre est aussitôt n°1 aux Etats-Unis, n°4 en Grande Bretagne et un hit mondial. Sa célèbre introduction est la seule contribution à l’album du batteur de Dire Straits
Terry Williams, et quant au son de guitare non moins fameux, il résulte d’un incident d’enregistrement.
Knopfler voulait obtenir le son de
Billy Gibbons de
ZZ Top (il lui avait d’ailleurs demandé auparavant de lui confier son secret, mais le Texan l’avait bien évidemment gentiment envoyé promener), en utilisant une guitare Gibson
Les Paul Junior à travers un amplificateur Laney au lieu de sa Schecter Stratocaster emblématique adoptée dès
Making Movies, et le son de sa guitare convenait parfaitement alors que les micros étaient mal disposés. Politiquement incorrects, des vers de la chanson verront
Mark Knopfler accusé par certains critiques de sexisme et d’homophobie, déjà amorcée dans
« Les boys » sur
Making Movies, reproches dont il s’est toujours défendu. Le pleurnichard
« Your Latest Trick » est surtout connu pour le relais au saxophone de la trompette de
Randy Brecker, joué par son frère Michael, qui a été vite utilisé en démonstration par tous les marchands de saxophones de la planète pour aider à la vente de leur instrument.
Le thème général de la deuxième partie de l’album, de
« Ride Across The River » à
« Brothers In Arms » est inspiré par les guerres de l’époque en Amérique centrale. Cette dernière chanson émouvante en sol mineur a largement été utilisée comme fond musical pour des documentaires, des séries TV (
Miami Vice), des films (
Spy Game de Tony Scott) ou même par l’Armée du Salut.
Jean-Noël Ogouz