Né en 1974 à Clichy-la-Garenne, Bruno Beausir n’est pas à proprement parler un « enfant de la cité » car son enfance et son adolescence se déroulent dans Paris intra-muros, à proximité de la Porte de la Chapelle. Adolescent dragueur, ses nombreuses conquêtes féminines et son épanouissement sexuel précoce lui valent le surnom de « Doc Gynéco » de la part de ses amis de l’époque, Passi Ballende (plus connu sous son seul prénom) et Gilles Duarte (futur Stomy Bugsy). S’il s’avère un peu marlou durant sa jeunesse, Bruno Beausir n’a cependant rien d’un gangster et ses faits d’armes en matière de criminalité se limitent à quelques tags ici et là, ainsi qu’à la consommation d’herbe qui fait rire.
C’est par l’intermédiaire de Passi et Stomy qu’il intègre un collectif de rappeurs, le Ministère A.M.E.R. où il fait la connaissance de Kenzy (fondateur du Secteur Ä), Hamed Daye, Lino et Calbo d’Ärsenik, MC Janik ou encore les Neg’ Marrons. Un peu à part du Ministère, Doc Gynéco n'apparaît que sur un morceau du groupe, qu'il intègre en 1993 : « Autopsie », qui figure sur le second album (95200, sorti en 1994). Étant le plus doux parmi les durs, il n’est pas vraiment concerné lors de l’affaire qui oppose le « posse » au ministère de l’Intérieur en 1995, du fait des paroles féroces du morceau « Sacrifice de poulet ».
Intégrant le Secteur Ä lorsque ce dernier est fondé par Kenzy, Bruno Beausir devient le premier des rappeurs du collectif à signer un premier album sous son nom propre. Première Consultation (1996) fait connaître au grand public cet étrange rappeur tenant davantage du rasta que du gangster, au phrasé calme et aux paroles sexuellement explicites. « Viens voir le docteur » devient un incontournable des clubs et discothèque, popularisant l’image de séducteur déjanté et un peu grivois de Gynéco.
Premières ordonnances
Mais, en dépit de son appartenance à l’un des collectifs de rappeurs les plus rudes de la place, Doc Gynéco s’éloigne rapidement des standards habituels du rap. Et, s’il est présent sur les albums du Secteur Ä et apparaît sur des disques des Neg’ Marrons, de MC Janik ou de La Clinique, il se produit également aux côtés d’artistes d'autres genres, comme les Rita Mitsouko ou Julien Clerc.
Bruno Beausir, qui ne s’est jamais vraiment caché d’apprécier certains artistes de variétés, récidive en 1998 avec Liaisons Dangereuses, sur lequel il invite des gens d’horizons aussi divers que Renaud, MC Jean Gab’1 (pas encore connu à l’époque), Pit Baccardi (lui aussi très marginal dans la mouvance rap) ou même l’ancien wonderboy et taulard Bernard Tapie avec lequel il compose un duo surréaliste sur le titre « C’est beau la vie ». Enregistré dans le studio personnel de Catherine Ringer et Fred Chichin, l’album met un certain temps à se concrétiser du fait des vols incessants de matériel et du désordre provoqué par les rappeurs. Cette collaboration difficile est à l’origine de certains propos amers et acerbes de Fred Chichin au cours des dernières années de sa vie, écoeuré par l’attitude des rappeurs, la violence de leurs textes et de leur comportement.
L’album rencontre encore une fois le succès et l’audacieux buzz marketing constitué par la présence de « Nanard » Tapie vaut à Gynéco une publicité inespérée. Désormais, le public est habitué aux apparitions publiques de ce grand tout mou, au regard vague et au phrasé lent qui, malgré tout, respire la sympathie et réconcilie une partie du public avec le rap.
Changement de secteur
En 1999, Doc Gynéco annonce son départ du Secteur Ä avec fracas suite à une tentative d’extorsion avec violence dont il aurait été victime de la part de Kenzy et de ses proches. Cette affaire, bientôt confirmée par d’autres membres du Ministère A.M.E.R., qui affirment avoir subi de semblables pressions, signe le début du déclin pour le Secteur Ä et son manager, lequel se voit reprocher de gérer son label à la manière d’un Suge Knight français et de ne pas hésiter à recourir à quelques gros bras pour ramener les rappeurs sur le départ dans le rang. Cette affaire n’a, cependant, pas de suites judiciaires.
Quality Street, enregistré à Londres, marque un net tournant dans la carrière du rappeur.