Dream Theater diffère de nombreux groupes de metal en ce que cette formation n'est pas née entre deux backstages de concerts de hard rock underground, mais bel et bien au sein de l'une des plus prestigieuses universités américaines, l'Institut Berklee de Boston, l'une des écoles de musicologie les plus réputées au monde. Plutôt centré sur le classique et le jazz, l'enseignement de Berklee n'était pas forcément disposé à accueillir quelques zazous aux cheveux longs ne jurant que par le rock progressif, en dépit de sérieuses études de violon ou de piano.
En 1985, John Petrucci et John Myung, deux New-Yorkais détonnent particulièrement au milieu de leurs congénères : ayant fait leurs premières armes au sein de plusieurs groupes adolescents, les deux garçons, qui se connaissent depuis l'enfance, forment alors l'ossature d'un groupe qu'ils baptisent Majesty. Les arrivées successives du batteur Mike Portnoy, puis de l'organiste Kevin Moore (un ancien de Centurion, l'un des groupes d'adolescence de Myung et Petrucci) permettent à la jeune formation de se structurer de manière classique, même si la présence d'un clavier au sein d'un groupe de hard rock inscrit clairement Majesty dans la lignée des formations des années 1970 plutôt que dans celle de la décennie suivante. Si, aux débuts, Myung se charge de la partie vocale, il n'est pas particulièrement satisfait de ses propres performances. Chris Collins rejoint alors le groupe en 1986 afin d'assurer le lead vocal de Majesty. Ainsi formé, le groupe donne son premier concert le 28 mai 1986 et commence à enregistrer ses premières démos qu'il propose aux maisons de disques.
L'affaire Dominici
Collins quitte le groupe après les premiers enregistrements et se voit remplacé par Charlie Dominici, un vieux routard de la chanson, ayant déjà fait partie de France & Knockout en 1981. Le professionnalisme et l'expérience de Dominici permettent à Majesty, qui, entre-temps, est devenu Dream Theater - du fait de l'homonymie avec une formation de jazz existant déjà - d'enregistrer un premier album chez Mechanic Records, When Dream and Day Unite, disque pionnier du metal progressif.
Bâti comme une épopée, l'album se permet quelques variations rappelant la construction classique d'un opéra avec des morceaux déclinés en plusieurs sous-titres, à l'image de « The Killing Hands », dont s'inspirera par la suite Manowar pour le titre « Achilles, Agony and Ecstasy » sur l'album The Triumph Of Steel. Premier album de Dream Theater, When Dream and Day Unite est également le dernier pour Dominici qui se voit remercié car sa voix, trop connotée heavy metal, ne correspond pas vraiment au style que veut se donner le groupe.
Sans voix
Après le départ de Dominici, Dream Theater reste près d'un an sans chanteur, ce qui ne signifie pas, cependant, que le groupe arrête ses activités. S'ils ne se produisent sur aucune scène et n'enregistrent aucun album, les membres du groupe occupent leur temps à composer de futurs hits tels que « A Change of Seasons » ou « Leaming to Live »... autant de titres bien léchés qui n'attendant qu'un chanteur pour être interprétés. Finalement, après un casting digne d'un Popstars avant la lettre, qui voit une centaine d'interprètes défiler pour être auditionnés (dont Sebastian Bach, le futur lead vocal de Skid Row), c'est le Canadien Kevin « James » LaBrie qui est finalement retenu.
En 1992, Images and Words, porté par le single « Pull Me Under » est l'album que tous les fans de la première heure attendaient, et il constitue à ce jour le plus gros succès en termes de vente de Dream Theater, lequel impose désormais un style touchant à la fois au heavy metal et au metal mélodique, qui finit par faire école. La première tournée internationale du groupe voit les musiciens du Théâtre des Rêves fédérer aussi bien les publics japonais qu'européen autour de ce metal progressif dont ils sont désormais chantres et pionniers.
Awake
Mais, quelques temps après Images And Words, Kevin Moore fait part aux autres de sa volonté de quitter le groupe. Après quelques tergiversations, ces derniers acceptent, mais à une condition : que Moore participe encore à un album, ce à quoi ce dernier consent tout en soumettant cependant sa participation à une autre condition sine qua non : qu'il ait un contrôle artistique élargi sur ledit album. Le résultat de ces chantages qui ne disent pas leur nom ? Awake, sans doute le disque le plus noir du groupe, dont les références vont se chercher du côté de chez Metallica (époque Master of Puppets) ou de chez Rush.