La Californie est un nouvel
Eldorado au début des années 70, un puissant aimant pour tous ceux qui brandissent les étendards de la contre-culture. Musicalement, le bouillonnement est d’une telle intensité que des musiciens se précipitent de tous les Etats-Unis pour y participer. C’est le cas des quatre membres fondateurs de
Eagles, puisque aucun d’eux n’est originaire de Californie. Ils ont, par contre, déjà un substantiel passé musical.
Glenn Frey, guitariste originaire de Detroit a joué avec
Bob Seger ; le Texan
Don Henley a été le batteur de
Shiloh ;
Randy Meisner, qui vient d’un bled du Nebraska est le bassiste fondateur de
Poco ; enfin,
Bernie Leadon, venu de Minneapolis, a prêté ses talents de multi-instrumentiste aux Flying Burrito Brothers.
Chacun des futurs
Eagles possède également une voix et des capacités certaines de chanteur. En 1971, le manager de
Linda Ronstadt cherche à rassembler un groupe de country rock capable de soutenir sa protégée avec brio.
Don Henley et
Glenn Frey cherchent également à monter un nouveau groupe et ils se prêtent à l’expérience. C’est sur la scène de Disneyland, en juillet, que
Randy Meisner et
Bernie Leadon se joignent au groupe. Ce sera en fait leur seul concert ensemble pour
Linda Ronstadt, même s’ils jouent tous sur son premier album.
Nouveau westernLe talent naturel des quatre musiciens et leur complémentarité immédiate les encouragent à persévérer. Lleur ami
Jackson Browne les présente bientôt à David Geffen, alors qu’il s’apprête à lancer son label Asylum Records. Le nom de
Eagles est vite choisi et le groupe met au point son répertoire en jouant durant un mois dans un obscur club du Colorado. L’équipe s’envole ensuite pour l’Angleterre et enregistre
Eagles, son premier album avec
Glyn Johns aux manettes. Ce sont deux semaines intenses, avec le producteur-despote habitué aux Who, Rolling Stones et autres
Led Zeppelin, qui permettent d’emblée la réalisation d’un grand album.
« Peaceful, Easy Feeling »,
« Take It Easy » et
« Witchy Woman » sont autant de bombes qui vont imposer le son et les compositions des
Eagles. Richesse d’un son foisonnant, en plus des capacités étendues de chacun des
Eagles, écriture fluide de titres county-rock qui évoquent un Ouest légendaire, harmonie des voix frôlant la perfection. La sortie de l’album, en juin 1972, impose instantanément
Eagles comme des maîtres de la scène country-rock.
Les musiciens tournent sans relâche en 1972 et
1973, avant de retourner en Angleterre enregistrer
Desperado. Sergio Leone vient de réaliser les plus grands westerns spaghetti et l’iconographie fantasmée de l’Ouest sauvage se marie à merveille avec l’attitude rebelle des années 70.
Desperado devient le point de rencontre de ces deux mondes. Les
Eagles sont vêtus en hors-la-loi sur la pochette, Stetsons, jambières de cuir, colts dans les Holsters, mal rasés et cheveux longs :
Clint Eastwood et Lee Van Cleef n’ont qu’à bien se tenir ! Sur
Desperado,
Don Henley a pris confiance dans ses talents de compositeur et co-signe la majorité des titres avec
Glenn Frey, il apporte sa faconde de Texan pour retranscrire les mythes de la frontière.
« Desperado » est une ballade poignante et
« Tequila Sunrise » devient immédiatement l’un des titres emblématiques du groupe.
Après la tournée
Desperado en
1973, le groupe s’envole de nouveau pour l’Angleterre en vue d’enregistrer son troisième album. Les premières séances de
On the Border marquent vite la rupture avec
Glyn Johns, les
Eagles choisissent alors de confier la réalisation de l’album à
Bill Szymczyk, producteur d’un certain
Joe Walsh.