Elle sera toutefois félicitée à la Libération pour l'aide qu'elle aura apportée à de nombreux amis juifs. Mais la période est marquée pour Édith par une rencontre. Fin juillet 1944, Yves Montand est entré dans sa vie. Cette fois, c'est elle qui joue le rôle de pygmalion. Elle met à sa disposition son parolier (et ancien amant) Henri Contet, obligeant celui-ci à donner au jeune Yves la chanson « Ma môme », pourtant destinée à Maurice Chevalier…
1945-1952. Édith Piaf a trente ans. Vedette des temps d'Occupation, elle n'est pas éprouvée par les années de l'après-guerre. Sa mère, usée par la drogue, meurt le 6 février 1945, à moins de cinquante ans. Mais Édith pense surtout à son tour de chant au Théâtre de l'Étoile avec Montand. Elle était inquiète pour lui ; elle réalise bientôt que c'est à elle de se surpasser pour continuer à emballer la salle déjà conquise par le bel Yves. Elle trouve quand même l'énergie, dans le courant du mois de mai, d'écrire et de composer l'une de ses plus célèbres chansons, la Vie en rose. L'idée lui en vient à la terrasse d'un café, où son amie la chanteuse Marianne Michel lui demande un morceau. Édith écrit sur la nappe de papier : « Quand il me prend dans ses bras / Qu'il me parle tout bas / Je vois les choses en rose… » Marianne Michel suggère de remplacer « les choses » par « la vie », et le tour est joué. Édith a aussi une musique dans la tête. N'étant pas enregistrée comme compositeur à la SACEM, il faut un prête-nom.
Ce sera le pianiste Marcel Louiguy, qui affirmera cependant avoir été, quelques mois plus tôt avec Édith, le compositeur du morceau. Peu importe… À l'été 1946, la belle histoire avec Montand s'est arrêtée. Édith s'étourdit dans le travail, fait la connaissance d'un sympathique duo d'artistes nommés Pierre Roche et Charles Aznavour, et les emmène en tournée. Grâce à son imprésario Louis Barrier, celle que l'on nomme déjà Piaf, tout court, s'impose chez Pathé-Marconi, la prestigieuse maison française. Ses disques commencent à être diffusés dans le monde entier. Barrier lui décroche bientôt une première série de récitals en Amérique, alors que Jean-Louis Jaubert, l'animateur des Compagnons de la Chanson, devient pour un temps l'élu de son cœur. Avec ces drôles de garçons un peu scouts, elle fait carillonner, à partir de 1947, les Trois Cloches d'un continent à l'autre sur des paroles de l'auteur suisse Gilles-Jean Vilar. À New-York, les Compagnons rencontrent un tel triomphe qu'ils font de l'ombre à Édith elle-même, mais la chanteuse s'obstine, apprenant l'anglais, se familiarisant avec les techniques américaines de la scène. Grâce à son acharnement et à « la Vie en rose », elle finira par dompter New York et restera outre-Atlantique comme une des très rares artistes françaises pleinement reconnues.
Les voyages en Amérique se répètent, croisant ceux d'un fameux boxeur français, Marcel Cerdan. Leur ambition et leur combat quotidien pour la gloire les rapprochent. Ils vivent une aventure passionnée stoppée net par le dramatique accident d'avion qui emporte le boxeur le 27 octobre 1949. Édith est brisée, mais trouve la force, le soir même, de monter sur scène. À la mémoire de son amour disparu, elle écrit une de ses plus belles chansons, sur une musique de Marguerite Monnot, l'Hymne à l'amour. Elle ne s'en relèvera jamais complètement, s'adonnant de plus en plus à l'alcool et à la drogue. À l'été 1950, un séduisant Américain vient quelque peu distraire Édith de sa peine ; il s'appelle Eddie Constantine.
Il aidera d'ailleurs Édith lors de sa quatrième « expédition » américaine, quand elle enregistre sur place « les Feuilles mortes » en anglais (« Autumn Leaves ») et « C'est d'la faute à tes yeux » (adaptée par Eddie en « Don't Cry »). En France, le succès ne se dément pas : « l'Hymne à l'amour » et Padam-Padam (de Henri Contet et Norbert Glanzberg) se vendent autant sous forme de partitions en petit format qu'en disques. Les spectacles se succèdent à l'ABC, l'Olympia, Bobino, la salle Pleyel. En 1952, Édith se marie pour la première fois, avec le chanteur Jacques Pills, récemment divorcé de Lucienne Boyer. La scène se passe à l'hôtel de ville de New York et Marlene Dietrich est leur témoin. Pills fera tout pour éloigner Édith de ses démons, mais l'artiste est déjà très abîmée et le mariage ne tiendra pas plus de trois ans.
Les dates ... 1963 (11 Octobre) Décès de Edith Piaf 1961 Enregistrement :Piaf grave « Non je ne regrette rien » |