1953-1956. Désormais, auteurs et compositeurs de toutes générations, comme Bécaud et Aznavour, s'empressent d'apporter leurs œuvres à Édith Piaf, qui porte un soin particulier au choix de son répertoire. Dans les années 50, le disque, promu par le cinéma, devient essentiel pour la carrière d'un artiste. Piaf tourne alors des films prétextes pour elle à chansons, dont Si Versailles m'était conté (1953) de Sacha Guitry et French Cancan (1954) de Jean Renoir. Le public américain la couronne enfin en 1956 lors de son récital historique au Carnegie Hall. Et alors qu'elle règne avec des chansons de facture traditionnelle, comme « la Goualante du pauvre Jean » ou « Sous le ciel de Paris » de Jean Dréjac, Piaf, toujours plus innovante, fait adapter à celui-ci, en 1956, un tube de rock'n'roll américain (« Black Denim Trousers » signé Leiber et Stoller, et chanté par les Cheers), qui devient l'Homme à la moto. Nouveau succès. Le répertoire tout comme la vie de celle qu'on appelle désormais Madame Piaf se maintient dans un paradoxe permanent. L'étoile brille sur la scène quand, dans les coulisses, la femme se consume dans l'enfer des drogues et de la maladie.
1957-1963. Édith a quarante-deux ans. Après une nouvelle tournée triomphale aux États-Unis, elle rentre en France au summum de sa gloire. Elle a divorcé de Jacques Pills. Son appartement du boulevard Lannes, près du bois de Boulogne, devient une véritable usine à chansons qui fonctionne jour et nuit. Michel Rivgauche, qui a déjà écrit « Ça c'est de la musique » pour Colette Renard, y apparaît, lui offrant la Foule sur une valse folklorique péruvienne : c'est un nouveau grand succès.
En 1958, forte d'un répertoire toujours plus riche, Édith affronte l'Olympia pendant trois mois. Le chanteur Félix Marten, sa nouvelle liaison, figure au programme. Bientôt, il est remplacé par un jeune Grec prénommé Georges et qu'on appelle Jo Moustaki. Celui-ci lui apporte Milord sur une musique de Marguerite Monnot, toujours fidèle. La chanson va franchir les frontières et se classer dans les hit-parades qui apparaissent alors dans toute l'Europe. Mon manège à moi (signée Jean Constantin et Glanzberg) connaît aussi la faveur du public. Cela ne suffit pas à apaiser Édith. Son amant d'après, le peintre américain Douglas Davis, se sauvera comme l'avait fait Georges Moustaki, devant son despotisme amoureux. Malgré une santé très précaire, voilà Édith de nouveau sur scène à l'Olympia. Une salle qu'elle sauve de la faillite par amitié pour Bruno Coquatrix, son directeur, en lui offrant une série de récitals.
Au début de 1960, un jeune compositeur, Charles Dumont, lui apporte sa tendresse et ses derniers grands succès, « Mon Dieu », « les Mots d'amour », « Non, je ne regrette rien », éclipsant la fidèle Marguerite Monnot. Non, je ne regrette rien connaît un énorme succès, d'autant que les putschistes d'Alger, en avril 1961, la chantent au moment de se rendre à l'armée après l'échec de leur tentative. Cette période est également marquée par des tournées en Europe du Nord qui s'enchaînent avec la sortie de ses disques.
Pendant l'hiver 1961, Édith rencontre Théo, un jeune coiffeur grec qu'elle baptisera Sarapo, qui signifie « je t'aime » en grec.
Il ne la quittera plus. Tour à tour son secrétaire (« parce qu'il a son bachot », dit-elle), puis son manager, elle veut aussi en faire un chanteur. Édith épouse Théo en octobre 1962, dix ans après son premier mariage. Elle chante en duo avec lui, elle lui demande même de paraître torse nu en scène. Des coulisses au chevet de ses lits d'hôpitaux, il sera le compagnon des derniers jours. Ensemble, ils chantent « À quoi ça sert l'amour » à l'Olympia et à Bobino. Quand Édith se produit dans ces salles magiques, le public se lève et l'honore d'ovations qui dépassent les vingt minutes.
Ses forces s'épuisent comme sa fortune, car elle ne regarde pas à la dépense. Elle se prête au jeu de la presse à scandale, qui mise sur les drames de sa vie intime, ses accidents de voiture et ses opérations chirurgicales. C'est la fin. Piaf meurt le 11 octobre 1963 ; elle n'a que quarante-huit ans, mais son corps est celui d'une vieille dame qui quitte ce monde le même jour que Jean Cocteau, avec lequel elle entretient sans doute plus d'une ressemblance. Malgré sa piété, Édith est privée de funérailles religieuses. L'Église n'accepte pas son divorce et l'Osservatore Romano la traite d'« idole du bonheur préfabriqué ». Ses obsèques au Père-Lachaise sont cependant suivies par une foule considérable et, depuis, sa tombe est devenue un lieu de pèlerinage pour de nombreux fidèles à sa mémoire.
Derrière une légende qu'elle contribua à romancer elle-même, Piaf montra toutes les qualités d'une artiste, véritable metteur en scène de son personnage.
Les dates ... 1963 (11 Octobre) Décès de Edith Piaf 1961 Enregistrement :Piaf grave « Non je ne regrette rien » |