La Brésilienne de naissance (et new-yorkaise d’adoption) Eliane Elias, chanteuse, compositrice, et pianiste, offre l’un des rares exemples sur la scène internationale d’une concertiste, aussi à l’aise dans le répertoire classique, que dans le jazz ou la bossa nova. Elle a ainsi réalisé l’exploit, depuis ses débuts (alors toute jeune fille) à la fin des années soixante-dix, de proposer des enregistrements de référence d’œuvres de Bach, Antonio Carlos Jobim (elle lui a consacré deux albums), et Bill Evans (Something For You en 2008).
Eliane Elias est née à Sao Paulo, plus grande ville du Brésil, le 14 mars 1960. Sa mère, pianiste classique, se délasse à la maison en interprétant du jazz.
Malgré une formation initiale de pianiste classique (entamée dès l’âge de sept ans), c’est auprès du guitariste et chanteur Toquinho, ou de l’auteur, chanteur, et ambassadeur Vinicius de Moraes, qu’elle fait ses débuts professionnels : nous sommes en 1977.
New York
Six années plus tard, elle s’installe à New York, où elle parfait sa formation à la Juilliard School of Music, et intègre le groupe de jazz fusion Steps Ahead, avec lequel elle enregistre un album éponyme. Elle croise également au sein de la formation le saxophoniste Michael Brecker, qui lui présente son trompettiste de frère Randy, de vingt ans son aîné. Randy et Eliane s’aiment. Ils s’épousent. C’est en 1985 qu’ils enregistrent conjointement (l’album s’intitule Amanda, du prénom de leur fille).
Un clavier autour du monde
Eliane Elias développe alors une double carrière : en leader, elle dirige rien moins que le contrebassiste Eddie Gomez (accompagnateur référentiel de Bill Evans), le batteur Jack DeJohnette (qui a, à la fois participé à un quintet de John Coltrane, et enregistré aux côtés de Miles Davis l’album Bitches Brew), ou le percussionniste brésilien Naná Vasconcelos. C’est dans ce contexte qu’elle grave dix-huit albums en autant d’années.
En tant que musicienne de session, elle prête ses talents protéiformes à la fine fleur de la chanson brésilienne (Gal Costa, Gilberto Gil, Caetano Veloso), ou du jazz (Herbie Hancock, l’harmoniciste Toots Thielman), et de la variété (James Taylor) internationales. Eliane Elias épouse ensuite le contrebassiste Marc Johnson, accompagnateur attitré de la dernière épisode de la vie de Bill Evans. En 1995, elle enregistre un duo remarqué avec Herbie Hancock (dans le brillant Solos And Duets).
Elle chante, aussi
En 1998, son disque Eliane Elias Sings Jobim, connaît un immense succès de par le monde, et en particulier au Japon, ce qui incite l’artiste à se consacrer prioritairement au jazz vocal.
En 2002, elle collabore toutefois avec la mezzo-soprano lyrique Denyce Graves. La même année, elle enregistre l’album Kissed By Nature, suivi deux ans plus tard par Dreamer, disque hommage aux classiques américains et brésiliens, chanté en anglais et portugais.
Dans Around The City (2006), Elias interprète entre autres des standards de Bob Marley (« Jammin’ »), et Tito Puente (« Oye Como Va »). L’album est numéro un des classements américains de musiques du monde.
En 2008, elle enregistre Something For You, en hommage à Bill Evans. Là encore, et comme ses prédécesseurs, le disque est un triomphe au Japon. La même année, elle enregistre Bossa Nova Stories, célébration du cinquantième anniversaire de ce genre musical.
La musicienne a été honorée par les palmarès de plusieurs magazines, et a bénéficié de plusieurs nominations aux Grammy Awards.
Elle est directrice musicale de l’orchestre de Gilberto Gil.
Christian Larrède