Cet album-là conte, non pas l’histoire d’un petit garçon qui joue aux cow-boys, mais bien celle d’un petit homme qui joue leur musique. Cet album-là vient de loin : d’un projet d’opéra avorté –
The Secret Songs - consacré à l’écrivain danois Hans-Christian Andersen à l’oeuvre de Bertold Brecht, du jazz au punk, et du rock à la soul millésimé Stax, on sait que l’homme de Liverpool a toujours considéré la musique avec la gourmandise d’un gamin. Ainsi, si l’on excepte, deux années auparavant, une rencontre avec l’icône
George Jones, la première incursion de Costello dans la country date de 1981 (
Almost Blue), session à l’occasion de laquelle le chanteur avait surpris son monde par sa conviction, et sa connaissance de l’idiome.
Cet album-là est fidèle en amitié : après s’être associé avec lui sous l’appellation de The Coward Brothers, et l’avoir appelé à ses côtés pour la production du très country-folk
King Of America (1986), Declan Patrick Mc Namus retrouve ici l’enfant du Missouri T Bone Burnett, pour une parti de plaisirs entre amis. Cet album-là exprime, justement, une urgence complètement jubilatoire : après avoir réuni en studio une brigade d’empereurs de la musique acoustique (Jerry Douglas, simplement considéré comme le plus grand joueur de dobro actuel, le bassiste
Dennis Crouch, fidèle compagnon de
Dolly Parton,
Jim Lauderdale, qui abandonne, à l’occasion et quelques instants, les scènes de théâtre pour le micro de choriste, et quelques autres artistes remarquables), les choses ont été rondement menées.
Trois jours de sessions pour simplement enregistrer treize chansons : à peine le temps de faire appel à
Emmylou Harris pour les chœurs de
« The Crooked Line », ou de solliciter une collaboration auprès de
Loretta Lynn (le classicisme fait femme dans la country) dans
« I Felt The Chill ». Cet album-là offre en fait, sans doute en conséquence de l’urgence évoquée ci-dessus, le sentiment d’un fourre-tout joyeusement foutraque : des chansons jadis composées pour d’autres, de nouvelles versions d’anciennes compositions (
« Complicated Shadows »), des refrains jadis écartés (
« How Deep Is The Red ? » était l’un des thèmes majeurs du concept évocateur d’Andersen), la reprise d’une antienne de
Bing Crosby (
« Changing Partners »), et, enfin, quelques nouvelles pièces, constituent en effet le programme. Tout concourt donc à offrir à
Secret… un aspect récréatif tout à fait serein, comme une pause rafraîchissante dans un monde de brutes.
Cet album-là permet surtout de retrouver Costello au mieux de sa forme vocale, entouré d’instrumentistes sensibles et efficients, sans doute plus humain, car plus disponible et moins stressé, que dans des projets à l’envergure commerciale plus affirmée. Le caractère vivement enraciné de la musique contribue naturellement au sentiment de périple décontracté. Et, pour ce, cet album-là, il est terrible.
Christian Larrède