Né à St. Joseph (Missouri) le 17 octobre 1972, et bien vite abandonné par son père Marshall Bruce Mathers II, Marshall 3ème du nom passe son enfance entre St. Joseph et Warren, une banlieue sordide de Detroit. Il se lie rapidement d'amitié avec Proof, membre fondateur du collectif de rappeurs
D12. Dans des quartiers où il est bien souvent le seul blanc et uniquement armé de sa bouche pour répondre aux agressions auxquelles il doit régulièrement faire face, il arrive bientôt à canaliser sa violence intérieure avec les mots. Et après des essais plutôt précoces (dès l'âge de 13 ans), il sort
Infinite (1996), un premier album faisant office de démonstration, qui se fait remarquer dans les circuits indépendants. Même si son style n'est pas véritablement affirmé et est encore marqué par l'influence de
Nas ou
AZ, il veut montrer à tout le monde la direction qu'il souhaite prendre dans cette industrie musicale. Son attitude est déjà bien plus reconnaissable sur
The Slim Shady EP, sur lequel les textes sont également plus sombres. Les critiques sont cependant totalement perdus avec ce rappeur original et irrespectueux, aux textes remplis d'humour et, qui plus est, blanc.
Dr. Dre le découvre sur l'émission radio californienne
The Wake Up Show,
Eminem y apparaissant chaque semaine pour des parties improvisées restées légendaires, et le signe immédiatement sur son label Aftermath Entertainment (distribué par Interscope Records). Il y sort
The Slim Shady LP en 1999. L'album connaît instantanément un succès énorme, ce qui entraîne des controverses sur la nature même des textes qui ne sont pas aussi inoffensifs qu'il y paraît.
« My Name Is » devient l'un des morceaux les plus populaires de cette année.
Les polémiques sont d'autant plus vives à propos de l'album suivant,
The Marshall Mathers LP (2000), avec un premier single
« The Real Slim Shady » qui s'en prend à quelques stars du moment, comme
Christina Aguilera ou
Fred Durst (Limp Bizkit). Le vent de provocation souffle toujours à plein volume dans les textes d'Eminem, même si l'album se veut plus introspectif, le rappeur essayant d'épancher ses blessures personnelles et mêlant ses problèmes affectifs, impliquant sa femme
Kim ou sa mère, à des fictions sordides empreintes de violence. Il y apparaît aussi plutôt distant et sarcastique quant à sa condition de machine à tubes, sa maison de disques lui faisant bien comprendre qu'il doit toujours vendre davantage de disques. Les ligues de défense des homosexuels s'en prennent violemment à lui, offusquées des propos tenus par le rappeur qu'elles jugent homophobe, demandant le boycott de la cérémonie des Grammy Awards de 2001, man?uvre d'autant plus inutile qu'
Eminem y joue le morceau
« Stan », en duo avec
Elton John, lequel chante le refrain.
Cela ne se résout pas toujours aussi simplement avec les autres artistes qu'il dépeint très férocement dans ses textes. Il n'hésite pas à en servir plusieurs couches via l'intermédiaire de DJ
Green Lantern, DJ officiel attitré de Mathers jusqu'à ce qu'un différend entre
50 Cent et
Jadakiss le force à quitter Shady Records, le voyant remplacé par le talentueux producteur
The Alchemist. Sur la série de « mix tapes » du DJ intitulée
Invasion !,
Eminem y lâche toute sa verve à propos de ses principaux adversaires microphoniques, tels que
Ja Rule ou bien Benzino, l'un des fondateurs du magazine
The Source, qui a toujours critiqué très sévèrement le rappeur.
Les drogues sont également un autre de ses sujets de prédilection. Sur
« I'm Shady » extrait du premier album, il explique que les substances chimiques ou d'origines plus naturelles ne lui sont pas étrangères, mais qu'il ne prend pas de drogues dures. Mais si
« Just Don't Give a Fuck » peut laisser suggérer le contraire, il doit de toute façon couper court à tout usage, suite à une mise à l'épreuve de deux ans qui prend effet en 2001.
Il aura cependant eu le temps de célébrer son amour des cachets sur
« Purple Pills », renommé
« Purple Hills » pour la version radio délestée de ses passages les plus vulgaires, en compagnie de ses camarades de
D12 sur l'album
Devil's Night. Les différents membres du groupe bénéficient alors de la notoriété de leur leader pour se faire un nom, et apparaissent sur chacun de ses albums solo par la suite. L'âme du collectif et véritable maître à penser pour
Eminem s'éteindra le 11 avril 2006, Proof étant tué d'une balle dans la tête, à Detroit.