Il est toujours facile d’avoir raison a posteriori, mais il est bon de rappeler que l’adulé, le célébré, l’admiré Félix Leclerc, fut à ses débuts, méprisé par les amateurs de chansons francophones, en quête de fièvre citadine, et ce jusque dans son propre pays. Le chanteur était alors considéré comme un bûcheron rustaud et mal dégrossi. Son inspiration cultive d’ailleurs à ses débuts une couleur acoustique et une orchestration simple et peu chatoyante. Et son apparence (veste de velours informe, grosses bottes de marche), ne fait que contribuer au rejet.
C’est donc dans un curieux effet de boomerang que les trente-deux chansons figurant ici connaîtront une trajectoire triomphale en France, avant d’être saluées comme authentiques chefs d’œuvre au Québec.
« Moi, mes souliers »,
« Bozo »,
« Le P’tit bonheur », qui scintillent ici, sont donc des actes fondateurs de sa carrière.
Mais les petits airs modestes (qui faisaient frissonner les arbres de plaisir) ont été pour l’occasion réenregistrés, sur des orchestrations de celui qui, dès 1975, sera l’un des plus fidèles collaborateurs de Félix Leclerc, François Dompierre (qui s’est illustré par ailleurs dans de multiples partitions pour le cinéma).
Une relecture et, partant, une redécouverte, qui peut parfois désarçonner, souvent séduire et toujours donner envie de se plonger de nouveau dans le répertoire du Québécois.
Christian Larrède