C’est au cœur du Pays basque français que Francis Lalanne voit le jour en 1958, à Bayonne, sous les auspices du multiculturalisme. Libanais par ses grands-parents, Basque et Béarnais par son père et Uruguayen par sa mère, le jeune garçon grandit au cœur d’un creuset de cultures, solidement adossé aux Pyrénées.
Son père, agent des Nations unies, emmène sa famille au gré de ses déplacements et, à l’image de Lautréamont, c’est à Montevideo que Francis Lalanne passe une grande partie de son adolescence avant que ses parents ne reviennent s’installer à Marseille. Musicien à ses heures perdues, le jeune homme prend des cours de théâtre au Conservatoire de Marseille tout en faisant, le week-end, la tournée des Maisons des Jeunes et de la Culture et des cafés-concerts avec ses frères (Jean-Félix, futur compositeur de musiques de films, et René, futur scénariste et réalisateur de cinéma sous le pseudonyme de René Manzor), formant à eux trois le groupe Bibi Folk.
Le théâtre du bonheur
Comme nombre de jeunes provinciaux, c’est à Paris qu’il monte une fois son bac en poche pour suivre des études de Lettres à la Sorbonne. Entre deux cours magistraux, Francis Lalanne, qui a déjà la fibre sociale, donne des concerts dans les hôpitaux psychiatriques, les hospices et les centres carcéraux. Proposant ses partitions et ses textes aux maisons de disques, il essuie refus sur refus, les labels ne croyant pas aux écrits poétiques un peu baba-cool et beaucoup trop « provinciaux » du jeune homme.
La mode des hippies est passée et, de l’avis des producteurs, ce jeune chevelu aux textes gentiment écolos et à la guitare sèche est arrivé un tantinet trop tard sur le marché. Sa rencontre avec le comédien et metteur en scène Jean-Luc Moreau, grand spécialiste du dramaturge Georges Feydeau, change la donne car l’homme de théâtre croit aux chances du jeune chanteur. Sonnant le ban et l’arrière-ban de ses contacts dans le milieu de la production, Jean-Luc Moreau permet à Lalanne d’enregistrer un premier album en 1979, Rentre Chez Toi, dont le titre principal, « La Maison du bonheur », est diffusé sur la plupart des grandes radios. Début du succès pour Francis Lalanne qui fait plusieurs concerts dans la foulée et rappelle au public un Maxime Le Forestier avec quelques années de moins.
Le vieux copain
Très à cheval sur la mise en scène – passé d’acteur de théâtre oblige – Francis Lalanne est un hyper-perfectionniste qui règle ses shows au millimètre près. La tournée qui suit la sortie de son deuxième album, en 1980, ne fait pas l’unanimité autour de lui car le chanteur s’y révèle un peu trop tatillon sur la mise en scène, pour ne pas dire parfois chichiteux. De plus, il agace certains par sa manière d’apostropher le public à la manière d’un prophète christique pour multiplier les aphorismes entendus sur la paix dans le monde et les déclarations d’intention pleines de bonne volonté sur la nature et la pollution. Déjà, Francis Lalanne, s’il plaît au plus grand nombre, commence à faire ricaner dans certains cénacles.
En 1981, victoire de la gauche aidant, Francis Lalanne se découvre une fibre sociale et son troisième album s’en ressent, multipliant les titres engagés comme « Des mains de chômeurs ». Toujours aussi soucieux de ses prestations scéniques, c’est en collaboration avec Patrick Dupond qu’il organise la tournée qui suit la sortie de « Toi mon vieux copain », faisant de ses concerts de véritables spectacles mêlant théâtre, chanson et danse.
Un nouvel album (également sans titre, comme son prédécesseur) paraît en 1982 et est encore un honnête succès public et vaut à Francis Lalanne de jouer à l’Hippodrome de Pantin ou au Palais des Sports, qu’il remplit à chaque fois. Vedette populaire, Lalanne éreinte son public avec des concerts qui peuvent durer jusqu’à quatre ou cinq heures. Ce n’est qu’avec Amis d’en France, en 1984, qu’il cesse les mises en scène pharaoniques pour se produire seul face au public, sans décor, ni musiciens apparents ; avec sa guitare pour tout décorum.
Cyber Francis
Artiste hyperactif, Francis Lalanne ne souhaite pas se limiter à la chanson. En 1986, l’artiste se tourne vers deux autres domaines artistiques. Lui qui s’est déjà essayé à l’écriture ambitionne cette fois de monter un grand opéra-rock à la fois épique et post-moderne, son Starmania à lui, version Guerre de Troie ET Guerre des Etoiles. En 1985, Coup de Foudre constitue la première partie de cette fresque épique consacrée au personnage d’Athom le Rebelle.