L’enfance du futur François Valéry, né Jean-Louis Mougeot en Algérie, à Oran en 1954, n’a rien d’une partie de plaisir. Fils d’un hôtelier-restaurateur de la côte oranaise, il est l’un des rejetons d’une fratrie de sept enfants, dont le géniteur prend la poudre d’escampette en 1956 pour courir le cachet en temps que chanteur de flamenco sous le pseudonyme d’El Africano.
Abandonnée par son mari, la mère du jeune Jean-Louis survit un temps comme épicière, mais la guerre d'indépendance oblige la famille Mougeot à quitter l’Afrique du nord pour s’installer dans un appartement minuscule à Marseille. Survivant comme femme de ménage, Mathilde Mougeot peine à subvenir aux besoins de sa famille et, au gré de ses déplacements, traîne ses enfants de Marseille à Toulon avant de s'installer en région parisienne.
Là, Jean-Louis, qui jusqu’à présent comptait entamer une carrière de footballeur professionnel se prend de passion pour la guitare et la batterie, instruments qu’il découvre grâce à quelques copains d’école avec lesquels il fonde Nord Express 57, une petite formation de rock reprenant essentiellement les grands titres des superstars de l’époque que sont Claude François et Johnny Hallyday.
Valéry pris par le destin
Âgé de 16 ans, Jean-Louis Mougeot quitte l’institution scolaire et, entre deux répétitions, vit de petits boulots alimentaires. Réussissant à se constituer un petit pécule au cours des années, il autoproduit un premier 45-tours sous le pseudonyme de Claude Larra, « Et puis c’est tout », avec lequel il démarche le ban et l’arrière-ban des producteurs potentiels afin de se lancer.
Désormais seul après le split de Nord Express 57, c’est vers la variété qu’il se tourne pour percer. Mais les premières années sont difficiles et ce n’est qu’en 1973 que le single sort dans le commerce, sans vraiment rencontrer son public. Cependant, la tentative est suffisamment probante pour que le producteur Jean-Paul Berkoff accepte de parier quelques kopecks sur le jeune homme. Investissement couronné de succès puisque « Une chanson d’été », son second 45-tours, se classe bientôt dans les hit-parades.
1974 voit la consécration pour deux Valéry. Alors que l’un s’installe à l’Elysée, l’autre est invité à faire sa promotion dans les médias de l’époque, de Salut les Copains aux émissions du déjà incontournable Michel Drucker. Un peu Claude François, un peu Cerrone, un peu Adamo, François Valéry est l’un de ces épigones vite apparus, vite disparus de la scène musicale française des années 1970. Bien décidé à durer plus que le temps d’un été, l’ex-Claude Larra possède l’avantage d’être son propre compositeur et se met donc à écrire avec frénésie tout en assurant la première partie des vedettes que sont Stone et Charden ou Annie Cordy.
« Le Prince d’amour », « Toutes les chansons d’amour sont tristes » ou « Lady Music » ne révolutionnent pas le patrimoine musical français mais permettent à l’artiste de rester présent dans les bacs et indiquent une transition lente, mais certaine, vers le style disco alors en plein boum.
Star system
Désormais sous la férule d’Orlando et des disques Carrère, François Valéry défraye la chronique par ses activités de play-boy mondain, papillonnant d’une conquête à une autre avec la régularité d’un métronome. Habitué des couvertures des magazines musicaux, il fait désormais celle des publications people, ce qui ne manque pas de contribuer à sa notoriété grandissante.
Pour François Valéry, les années de galère semblent bien loin et alors qu’il mène la vie de patachon aux côtés des vedettes de l’époque, ses 45- tours s’arrachent comme des petits pains. « Dînons ce soir en amoureux », « La Vieille musique », « Laisse tomber » ou « Chanteur pour une fille de seize ans » sont parfaitement en conformité avec les règles de la chanson de charme et ce n’est qu’en 1979 avec « Disco Brasilia » que l’artiste quitte le domaine de la roucoulade sirupeuse pour renouer avec les accents disco déjà perceptibles dans « Lady Music » quelques années plus tôt.
Un premier Disque d’or, en 1979, vient saluer une fructueuse carrière de cinq ans et le chanteur entame l’année 1981 en faisant un coup artistique énorme, enregistrant un duo couronné de succès avec « Dream in Blue », enregistré en compagnie de l’une des stars montantes du cinéma français, Sophie Marceau, révélée l’année précédente avec La Boum de Claude Pinoteau.
Anticipant la mort annoncée du disco, François Valéry se recycle dans la variété et le rock grand public avec des titres comme « Et Dieu créa le Rock », « Mon pote le DJ » et « Elle danse, Marie », ce dernier faisant un énorme carton à travers toute la France et les pays francophones.