Une belle gueule jamais froissée, mais jamais tout à fait rasée non plus, un organe immédiatement identifiable, et le charme exotique du joual québecois : on en conviendra,
Garou est profondément agaçant, surtout pour la moitié mâle de la population hexagonale. Gageons que le cinquième album du natif de Sherbrooke ne contribuera pas à apaiser la fièvre féminine, ni le ressentiment des messieurs.
Réalisé par
Philippe Paradis (ancien compagnon de route de MC Solaar),
Gentleman Cambrioleur constitue en effet, et comme son intitulé le laisse indiquer, un catalogue de reprises propices à caresser le public francophone (mais également international, avec la moitié d’un programme en anglais) dans le sens du poil. On considèrera difficilement que les treize mélodies optent pour l’aventure : ici, rien que du très connu, et parfaitement balisé. Le standard-titre (tout le monde conserve en mémoire l’élégance surannée de
Jacques Dutronc en interprète original ) souffre quelque peu de la comparaison (et de la prononciation aléatoire du chanteur, mal à l’aise à
décrocher les tableaux).
Les choses s’améliorent dans le swinguant
« I Love Paris » (même si on n’est pas, loin s’en faut, chez Harry Connick Jr.), alors que
« Les Dessous chics » laissent dubitatifs quant à la capacité de l’interprétation à faire oublier le halètement sensuel de Madame Birkin. Ainsi, les reprises se succèdent, parfois carrément hors sujet (
« Sorry » de
Madonna, ou, surtout, le
« New Year’s Day » de
U2, vidé de sa substance, et noyé dans l’eau tiède).
Garou relève manifestement la tête dans
« Do Ya Think I’m Sexy », car sa voix se rapproche diablement de celle de
Rod Stewart, et qu’il se montre définitivement plus à l’aise dans cet appel lubrique à la danse.
On n’en dira pas autant de
« C’est comme ça » (on a presque de la peine pour le chanteur, tant ce dernier souffre à placer sa voix, et suivre le tempo), qui devrait raisonnablement provoquer une saine colère chez
Catherine Ringer, et faire se retourner
Fred Chichin dans son étui de guitare. Même sanction pour
« The Sounds of Silence » (Simon & Garfunkel), totalement vidé de sa grâce, et en ce qui concerne
« Everybody Knows », quant à lui passablement dénué de charge dramatique. Le fond étant atteint avec un
« Champs-Elysées » pour karaoké, version patapouf, arrachée aux forceps dont on ne sait quel tréfonds : là où
Joe Dassin y inventait en quelques minutes une légèreté guillerette, qui faisait encore croire aux jeunes filles à bicyclette, jupes en vichy joyeusement retroussées,
Garou s’y ébroue avec des semelles de plomb.
Le Québecois aura profit dans ses prochaines aventures musicales à se consacrer à un répertoire original : il est des comparaisons qui s’avèrent parfois peu flatteuses. Même lorsqu’on a une belle gueule jamais froissée…
Christian Larrède