L'entreprise est sympathique. Certains fans, des deux côtés de l'Atlantique, considèrent en 1969 qu'il convient de sauver le soldat Vincent.
Entraîné par le cultissime animateur de radio britannique
John Peel (qui ouvre grandes les portes de son label Dandelion), c'est donc une brigade internationale qui se presse au chevet de l'un des pionniers du rock. Un Byrds (Skip Battin), le guitariste Mars
Bonfire (compositeur de l'hymne
« Born To Be Wild » pour le compte de Steppenwolf), une affriolante
Linda Ronstadt aux choeurs, le plus fantasque batteur angeleno de l'époque (Jim Gordon), et le baroque
Kim Fowley à la production.
Limitant les risques à leur plus simple expression, le répertoire se résume à quelques standards (une sympathique version du
« White Lightnin' » de
George Jones, une visite complètement dispensable du médiocre
« Rockin' Robin » interprété en son temps par Bobby Day). Mais la gêne ne fait que croître à l'écoute de nouvelles versions des propres incunables de Vincent :
« Be Bop A Lula » - qui a au moins le mérite de rapporter quelques royalties - et
« Lotta Lovin' » s'avèrent forcément inférieurs aux versions originales, tout simplement car le temps a passé, et l'adolescence avec.
Enfin, le son général, d'une lourdeur exagérée, sert bien mal la finesse du chanteur, et son riche nuancier. Il reste, justement, cet extraordinaire chanteur, un artiste ici trop aimé, et excessivement mal secondé.
Christian Larrède